CHAPITRE HUITIÈME
peeter sa valeur, ne repoussait pas la pensée d'une rvconeiliation. Le chef priHa serment d'allégeance, et il lui fut permis de jouir en paix du patrimoine de ses ancêtres1.
[1072.] Guillaume eut alors le loisir de châtier la présomption de Malcolm , qui non-seulement avait donné asile à ses ennemis , mais avait saisi toutes les occasions d'entrer dans les comtés du nord , d'exciter les indigènes à la rébellion, et de ravager les terres de ceux qui s'y refusaient5. Déterminé à soumettre tout le pays, le roi appela sous son étendard tous ses vassaux, Normands et Anglais, et, tandis que sa flotte se glissait le long de la c<He, il dirigea sa marche à travers le Lothian. Tout s'enfuit devant ses pas. 11 traversa le Forth, il entra en Ècosse, il pénétra jusqu'à Abernethy, sur le Tay ; et Malcolm jugea qu'il valait mieux conserver sa couronne comme vassal que de la perdre en bravant le ressentiment de son ennemi. Il fit une offre de soumission dont les conditions furent dictées par Guillaume ; et le roi d'Ècosse, étant venu dans le camp anglais, se mit à la discrétion du Conquérant. Il lui fut permis de garder le gouvernement comme vassal de la couronne d'Angleterre ; et , en cette qualité , il jura féauté , accomplit la cérémonie de l'hommage, et donna des otages comme garantie de sa fidélité3. Le roi, à son retour, s'arrêta à Durham,
1. Pour le siège d'Ely voyez Jngulf, p. 74; Flor. 637; Sim. 203 ; Hunt. 211 ; Paris, 6; Chron. sax. 181; Chron. Lamb. ad ann. 1072 : quelques écrivains disent que Morcar, comme son frère, fut tué par trahison ; mais il y a plus d'autorités en faveur de son emprisonnement .voyez aussi Orduric, p. 247 ; et Ing. 68>.
2. D'après le livre d'Abingdon, cité par sir F. Palgrave [Preuves et Illustrations, cccxxxi), il y a lieu de croire que, lorsque Guillaume dévasta le pays de L'Ouse À la Tyne, il envoya en avant son fils Robert avec une armée contre Malcolm, qui donna des otages en garantie de sa soumission, u Ut regno Angliie principatus Scoti» subactus foret, obsides dédit. »
3. Je sais parfaitement que plusieurs écrivains écossais , jaloux de sauver l'honneur de Malcolm, cherchent à nous persuader que l'Abernethy en question est quelque endroit inconnu sur les frontières, et non l'Abernethy sur le Tay ; que les deux rois réglèrent leur différend à l'amiable, et que l'hommage de Malcolm ne fut point prêté pour l'Ecosse, mais pour des terres qui lui étaient données en Angleterre. Mais il est impossible d'échapper au témoignage des historiens originaux et contemporains. 1° Le but du roi était de conquérir l'Ecosse (ut eam sibi subjugarct.Sim.203. Flor. 637). 2° 11 avança jusqu'à Abernethy sur le Tay.« II conduisit ses forces de mer et ses forces de terre en Ecosse, et il assiégea de ses vaisseaux les terres situées sur le détroit, et fit entrer son armée dans le Ge-tcade » — non pas la Tweed , comme Gibbon le traduit on ne sait pourquoi , mais le « gué » ou lieu propre à passer [Chron. sax. 181). Ce gué était sur le Forth, frontière méridionale de l'Ecosse à cette époque. Ainsi, Ethclred nous dit que le roi traversa le Lothian, et quelque autre lieu, puis l'Ecosse jusqu'à Abernethy, Laodamam, Calatriam — un mot altéré en copiant — u Scotiam usque ad Abernethy * (Ethel. 342). 3° Toute résistance fut inutile : « He there foundnaugth that him bélier was n {Chron. sax. Ittli. Ce passage a été ridiculement expliqué comme signifiant qu'il ne trouva rien qui pût lui servir, ni provisions ni richesses; mais le sens réel est qu'il ne trouva personne de mieux que lui, c'est-à-dire, personne qui ptH lui résister avec succès , comme on dit de Siward qu'il tua de ses ennemis u tout ce qu'il y avait de mieux»» \Chrr.n . Lamb. ad ann. 1054 . 4^ Malcolm vint et se rendit
M)i HISTOIRE D'ANGLETERRE.
afin d'y élever nn château destiné a protéger Waîeher, le nouvel évéque, et cita devant son tribunal Cospatric, eomte de Northumbcrland. L'accusation était portée sur d'anciens griefs qu'on supposait pardonnes depuis long-temps, sur le massacre des Normands à Durham et à York. Banni par arrêt de la cour, Cospatric, après plusieurs aventures, se retira auprès de Malcolm, et reçut de la pitié ou de la politique de ce prince le château et les domaines de Dunbar. Son comté fut donné à Waltheof, qui saisit la première occasion de venger le meurtre de son grand-père Alfred. Il surprit et tua les fils de Cari à un banquet dans la maison de campagne de Seterington i.
Hcreward fut le dernier Anglais qui tira l'épée pour la cause de l'indépendance. Les indigènes se soumirent au joug dans un sombre désespoir ; mémo l'étheling Edgar perdit l'espoir de la vengeance, et consentit à solliciter une pension de la pitié de l'homme dont l'ambition lui avait dérobé une couronne. Il était encore en Écosse, lorsque le roi de France lui offrit un établissement de prince à Montreuil, près des frontières de la Normandie : non pas que Philippe se souciât des infortunes de l'étheling; mais il voulait inquiéter Guillaume, qui était devenu son rival en puissance et en dignité [4075]. Edgar mit à la voile avec les richesses qu'il avait emportées d'Angleterre, et les présents qui lui avaient été faits par le roi, la reine et les nobles d'Écossc. Mais sa, petite escadre fut dispersée par une tempête , ses vaisseaux échouèrent sur la côte ; ses trésors et plusieurs des siens furent pris par les habitants, et le malheureux prince revint solliciter de nouveau la protection de son beau-frère. Celui-ci lui conseilla de chercher à se réconcilier avec Guillaume , qui reçut l'ouverture avec plaisir. A Durham, le sheriff du Yorkshire vint à sa rencontre avec une nombreuse escorte, en apparence pour lui faire honneur, en réalité pour s'assurer de lui*. Ainsi gardé, il traversa l'Angleterre, passa la mer, et fut présenté en Normandie à Guillaume, qui lui accorda la première place à la cour, un appartement dans le palais
à Abernethy (deditione foetus est noster. Eihclred, 342. Se dedidit. Malm. 58). 5° L'Ecosse fut soumise «Scotiam sibi subjecit. Inguîf, 79), Malcolm fut obligé de rendre hommage et de jurer fidélité iMalcolmum regem eius sibi hominium facere. et fidelitatem jurare coegit, Ing. ibid.i ; et en outre il donna des otages (obsides, Sim. 203. (m Gialas sralde^iind his man uo's. » Chron. snx. 181 \. Il faut remarquer que, parmi ces écrivains, l'annaliste saxon avait vécu à la cour de Guillaume, Inguîf avait été son secrétaire, Kthelred était intimement lié avec David, fils de Malcolm, et que le reste vivait dans le siècle suivant. Ils ne pouvaient pas tous être dans l'erreur.