CHAPITRE HUITIÈME
et une pension annuelle de trois cent soixante-cinq livres d'argent. Pendant plusieurs années, le dernier descendant mâle de Cerdic borna son ambition aux plaisirs de la chasse : en 4086, il obtint la permission de mener deux cents chevaliers dans la Pouille, et de la Pouille à la Terre-Sainte. Nous le retrouverons en Angleterre sous le règne de Guillaume-le-Roux (William Rufus)
Nous pouvons maintenant nous arrêter pour contempler les conséquences de cette grande révolution. Le Conquérant était le maître incontesté du royaume : la résistance s'était dissipée devant lui , et , avec la nouvelle dynastie , un nouveau système de politique nationale s'était élevé sur les ruines de l'ancien. I. L' Angleterre présentait le singulier spectacle d'une population indigène ayant un souverain étranger, un clergé étranger et une noblesse étrangère. Le roi était Normand; les évoques et les principaux abbés, à l'exception de Wulstan et d Ingulf, étaient Normands ; et, après la mort de Waltheof, tous les comtes et tous les puissants vassaux de la couronne étaient Normands. Chacun d'eux, pour se défendre contre le mauvais vouloir des indigènes, s'entourait naturellement d'étrangers, qui seuls étaient les objets de sa faveur et de sa protection; et ainsi presque tous ceux qui aspiraient au rang de gentilhomme, tous ceux qui possédaient richesse ou autorité, étaient aussi Normands. Des individus qui, dans leur propre pays, avaient été pauvres et inconnus , se voyaient inopinément élevés dans l'échelle sociale; ils étaient étonnés de leur fortune, et déployaient généralement dans leur conduite toute l'arrogance des parvenus. Le mépris et l'oppression devinrent le partage des indigènes, dont les fermes étaient pillées, les femmes violées et les personnes emprisonnées au moindre caprice de ces petits tyrans locaux*. « Je n'entreprendrai point, dit un ancien écrivain, de décrire la misère de ce peuple infortuné. Ce serait pour moi une tache pénible, et mon récit ne serait pas cru de la postérité5. »
Les premières donations que le roi fit à ses compagnons furent prises soit sur les domaines de la couronne , soit sur les terres des indigènes qui avaient péri au combat ou qui, après la victoire, avaient refusé de se soumettre au Conquérant. Les autres, en prêtant serment d'allégeance au nouveau souverain, s'assurèrent pour le moment la possession de leurs propriétés. Mais la plupart d'entre eux s'engagèrent dans l'une ou l'autre des rébellions qui survin-