CHAPITRE HUITIEME
conseil commun de tout notre royaume , et comme nous te leur avons concédé avec droit d'héritage *. » Ce service libre qu'on exigeait avec tant de force consistait, comme nous l'apprennent d'autres sources, dans le contingent de cavaliers complètement armés que chaque vassal était tenu de fournir à la réquisition du roi, et d'entretenir en campagne l'espace de quarante jours. Et il n'était pas borné uniquement aux tenanciers laïques ; les évèques et les dignitaires ecclésiastiques , ainsi que la plupart des corporations cléricales et monastiques, étaient assujettis à la même charge. On faisait bien quelques exceptions en faveur de ceux qui pouvaient prouver qu'ils tenaient leurs terres en francalmoigne ou franche aumône; mais les autres, dont les prédécesseurs avaient été accoutumés à fournir des hommes aux armées durant les invasions des Danois, ne pouvaient refuser de prêter la même assistance au souverain actuel, à qui ils devaient leurs dignités et leur opulence. Cette combinaison mettait la couronne en état de lever en peu d'instants une armée qui pouvait, dit-on, monter à soixante millo hommes de cavalerie2.
Les tenanciers en chef imitaient leur souverain en exigeant de leurs vassaux le même service libre que le roi exigeait d'eux. Ainsi toute grande propriété, qu'elle fût tenue par un vassal de la couronne ou par un sous-vassal, se divisa en deux portions d'inégale étendue. Le seigneur se réserva l'une pour son propre usage, sous le nom de son domaine, et en fit cultiver une partie par ses vilains, en afferma une partie, et en donna une à diiïércnts tenanciers à tout autre condition que celle du service militaire 3. Il divisa la seconde portion en plusieurs lots, appelés fiefs de chevalier, et donnés à des tenanciers militaires, avec l'obligation de servir à cheval, à