CHAPITRE HÎ'ITJKMÈ
d'un an dans le port de Haithaby ». Ses vœux étaient continuellement déçus et ses ordres méconnus. La persistance des vents contraires, ou le manque de provisions , ou l'absence des principaux officiers empêchaient son départ. A la fin il éclata une sédition, et l'armement se dispersa. Quelques-uns ont attribué le nonsuccès de l'expédition à l'influence des présents que Guillaume avait distribués aux Danois, tandis que d'autres l'ont imputé à l'ambition perfide d'Olave, frère de Ganute *.
II. Quand le roi entreprit l'invasion de l'Angleterre, il avait à craindre pour la sûreté de ses propres États en son absence ; et, par ce motif, il avait essayé d'amortir la jalousie du roi de France, en stipulant qu'en cas de succès il céderait la Normandie à son fils aîné Robert. En conséquence , le jeune prince fut investi du gouvernement nominal du duché sous la surveillance de sa mère Mathilde ; et il lui fut permis en deux occasions de recevoir l'hommage des barons normands comme leur seigneur immédiat. Mais lorsqu'il eut grandi et qu'il réclama ce qu'il croyait être son droit, Guillaume répondit par un refus péremptoire 5.
[1087.] Le mécontentement de Robert, que ses amis avaient entretenu en secret, éclata par l'imprudence de ses frères Guillaume et Henri. Ces princes étaient orgueilleux de la faveur de leur père et jaloux des prétentions ambitieuses de Robert. La cour ayant passé quelques jours dans la petite ville de L'Aigle, ils se rendirent à la maison qu'on avait assignée pour résidence à leur frère , et du haut d'un balcon ils lui vidèrent une cruche d'eau sur la tète, comme il se promenait devant la porte. Albéric de Grantmesnil l'exhorta à venger cette insulte, et il monta précipitamment l'épéeà la main; aussitôt l'alarme fut donnée, et Guillaume, accourant sur les lieux, réussit avec peine à séparer ses enfants. Mais Robert se retira secrètement le soir même , fit une tentative inutile pour surprendre le château de Rouen, et, trouvant des soutiens parmi les barons normands , déclara la guerre à son père *. Il fut toutefois bientôt chassé de la Normandie et forcé d'errer
dehors. Aussi on trouvait toujours des mercenaires. Comme tous les barons cher- • chai en t à s'entourer de chevaliers et de leurs écuyers, les demandes en s'accroissant avaient accru leur nombre ; et comme la durée de leurs services était .souvent très-limitée , il y en avait en te. ut temps des milliers prêts à répondre à tout appel qui promettait richesse et gloire.
1. Maintenant Haddcby, sur la rive droite de la Schlc, en face de Schle&wig. "Voyez Ethelwerd, 474.
2. Ckron. sax. 187. Flor. 641. Malm. 60. JElnoth, Vila Can. mit. Chron Petro. 61. Saxo. 217.