CHANTRE NEUVIÈME
s'enfuirent en Normandie; leurs biens furent divisés entre les fidèles amis du roi 1 .
En décrivant la suite du règne de Guillaume , j'abandonnerai l'ordre chronologique des événements et je les réunirai dans des paragraphes particuliers, arrangement qui soulagera l'attention du lecteur en môme temps quelle abrégera le travail de l'écrivain. I. La Normandie, a cette époque, présentait une vaste scène d'anarchie et de violence. Robert tenait d'une main faible les rênes du gouvernement , et sa douceur et son indécision l'exposaient au mépris de ses turbulents barons. Le Conquérant les avait forcés de recevoir ses troupes dans leurs châteaux; mais, à sa mort, ils expulsèrent les garnisons royales, levèrent des soldats et se firent la guerre les uns aux autres. Le nouveau duc ne voulut pas ou n'osa pas intervenir. 11 dépensait son revenu à ses plaisïrs, et, par d'imprévoyantes concessions , il diminuait le domaine ducal. Sa pauvreté le contraignit de solliciter l'assistance de Henri , à qui il vendit pour 3,000 livres le Cotentin , presque le tiers du duché , et sa jalousie le poussa à ordonner l'arrestation et l'emprisonnement de ce même prince dès qu'il revint d'Angleterre, où il était allé réclamer le douaire de sa mère Mathilde. Pour Guillaume , qui songeait à se venger de Robert et qui ne refusait jamais d'employer la subornation et la fraude , cet état de choses en désordre offrait une perspective attrayante, et, au moyen d'une judicieuse distribution de présents , il entra, par la perfidie de ses partisans normands , en possession de Saint-Valery, d'Albemarle et de presque toutes les forteresses de la rive gauche de la Seine. Alarmé d'une défection si dangereuse , le duc sollicita l'intervention du roi de France , qui fit marcher une forte armée sur les confins de la Normandie, mais qui, ayant reçu une somme considérable de l'Angleterre, retourna dans ses États2.
[1090.] A la môme époque, Robert fut sur le point de perdre Rouen, la capitale de la Normandie. Conan, le plus riche et le plus puissant des citoyens, s'était engagé à la livrera Guillaume; et le duc, pour déjouer ce projet , sollicita l'aide de Henri, qu'il avait relâché depuis peu , et celle de plusieurs de ses barons. Le 3 novembre, à la même heure, on vit au midi de la ville Gilbert de L'Aigle, amenant un corps de troupes au secours de Robert, tandis que Réginald de Warenne paraissait au nord avec trois cents chevaliers au serv ice du roi d'Angleterre. Les partisans de Conan se divisèrent aussitôt pour recevoir leurs amis et repousser leurs en-