‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 324 sur 643 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

Les Normands le reçurent sans opposition : les Manceaux repoussèrent unanimement son autorité , et se déclarèrent en faveur de Hélie de La Flèche. Hélie était neveu d'Herbert, le dernier comte , par la plus jeune de ses trois sœurs. L'aînée avait épousé Azon , marquis de Liguric ; et la seconde avait été fiancée à Robert, fils du Conquérant. Quoiqu'elle fût morte avant que le mariage n'eût pu être célébré, Robert réclama la succession , conquit le Maine avec l'aide de son père , et rendit hommage pour le comté à Foulques d'Anjou, le seigneur suzerain. Les Manceaux se révoltèrent : le fils de la sœur aînée vendit ses droits à Hélie pour dix mille shillings ; et le jeune aventurier, par sa bravoure et avec l'appui des habitants, se mit en possession du comté. Quoiqu'il eût pris la croix , les prétentions et les menaces de Guillaume le retinrent dans ses foyers; mais un jour, étant imprudemment entré dans un bois avec sept chevaliers pour toute escorte, il fut fait prisonnier par Robert Talavace , et immédiatement le roi , à la tète de cinquante mille cavaliers, envahit son territoire. Foulques était déjà arrivé pour protéger son vassal ; à quelques escarmouches succéda une négociation , et Hélie obtint sa liberté par la cession du Mans. Ainsi dépossédé de ses États, il offrit ses services à Guillaume ; mais à l'instigation de Robert , comte de Mellent, ils furent refusés avec indignation. « Si vous ne voulez pas de moi pour ami , » s'écria Hélie , « vous apprendrez à me craindre comme ennemi. » « Va , » répliqua le roi , « et fais de ton mieux *. »»

L'été .suivant, Guillaume chassait à Nevv-Forest, dans le Hampshire, quand un messager vint l'informer que Hélie avait défait les Normands et surpris la ville du Mans, que les habitants l'avaient de nouveau reconnu pour leur comte , et que la garnison , enfermée dans le château, serait bientôt réduite à la dernière extrémité. Dans son impatience, le roi eut peine à attendre la fin du récit , et criant à sa suite : « Qui m'aime me suive , » il se rendit précipitamment au bord de la mer, et s'embarqua sur le premier bâtiment qu'il trouva. Le maître du navire lui représenta que le temps était à l'orage, et le passage dangereux. « Tiens-toi tranquille, » dit Guillaume, « les rois ne se noient jamais. » 11 aborda le lendemain à Barfleur, assembla ses troupes, et avança avec une telle rapidité que Hélie eut à peine le temps de chercher son siilul dans la fuite. Le roi ravagea les terres de ses ennemis, et revint en Angleterre *.

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