CHAPITRE PRKMIKR
c'était d'exclure son frère Géta de la succession. Au lieu de marcher contre les Bretons, il tacha de gagner l'affection des troupes par son indulgence et ses largesses; et dès que son père eut expiré à York, il renouvela la paix, licencia l'armée et revint à Rome1.
[A. D. 211-281.] L'histoire n'est guère qu'un tableau des misères infligées à tous par les passions de quelques-uns. Si donc . pendant les soixante-dix années qui suivirent la mort de Sévère, la Bretagne a échappé à l'attention des anciens annalistes, nous pouvons en inférer que ce furent comparativement des années de tranquillité et de bonheur. Les tribus du nord respectaient la force de la nouvelle fortification et la valeur de l'armée qui la gardait; et les naturels du sud,- habitués dès l'enfance à la soumission, supportaient avec patience le joug qui avait si lourdement pesé sur leurs pères, nés libres. Le reste de l'empire était bouleversé par les prétentions des nombreux compétiteurs connus sous le nom des trente tyrans; et, d'après des monnaies qui ont été trouvées dans cette ile à diverses reprises, on suppose que Posthumus, Lollianus, Victorinus, Tetricus, Bonosus et /Elianus furent successivement reconnus en Bretagne. Si cette induction est exacte, le silence de l'histoire montre que leur autorité fut admise sans opposition, et non établie à la pointe de l'épée, comme elle le fut dans les autres provinces. Probablement la Bretagne suivait constamment la fortune de la Gaule.
[A. D. 284.] Ces tiraillements de l'empire avaient ouvert de nouvelles perspectives aux barbares, qui, sous les noms de Francs et de Saxons, possédaient toute la côte, depuis l'embouchure du Rhin jusqu'à l'extrémité de la Chersonèse cimbrique. Ils accaparaient dans leurs ports le commerce des détroits, et insultaient par leurs pirateries les rivages de la Gaule et de la Bretagne. Pour châtier ou réprimer leur insolence, le commandement d'une flotte puissante et le titre de comte du rivage saxon furent donnés par les empereurs Dioclétien et Maximien à Carausius, officier expérimenté et Ménapien de naissance. Sa conduite ne tarda pas à éveiller des soupçons : les pirates continuaient impunément leurs déprédations ; une portion des dépouilles était régulièrement liv rée à Carausius, et l'argent était employé à corrompre la loyauté des marins. Maximien se prépara à punir cette perfidie. Mais le Ménapien fortifia Boulogne à l'improviste, conclut une alliance avec ces barbares, fit voile pour la Bretagne, décida l'armée et la,flotte à épouser sa cause, et, prenant avec la pourpre impériale le nom, d'Auguste, défia toute la puissance de Rome,
]. Dio, p, 342, Hcrod, ibid.
| A. D. 293.] Lo règne de cet aventurier fut fortune* et glorieux. Les Calédoniens furent contraints de fuir devant ses armes; son autorité fut reconnue sur la côte occidentale de la Gaule, et une Hotte nombreuse porta la terreur de son nom jusqu'à l'entrée de la Méditerranée. On ne pouvait pas s'attendre, toutefois, que les empereurs acceptassent paisiblement son usurpation. A la vérité, ils jugèrent d'abord plus prudent de l'admettre comme collègue ; mais quand ils eurent adopté les deux césars Galère et Constance, ils chargèrent ce dernier d'arracher la Bretagne à sa domination. Constance commença l'attaque par le siège de Boulogne. Sur son ordre, l'entrée du port fut obstruée par un amas de pierres, et la garnison , privée de toute assistance du côté de la Bretagne , fut forcée de se rendre après une résistance obstinée. Cette perte pouvait affliger Carausius , mais non le décourager. Il était toujours maître de la mer et à la tète d'une armée nombreuse. Mais, tandis qu'il s'occupait de pourvoir à un danger éloigné, il tomba victime d'une trahison domestique ; et , dans la huitième année de son règne, il fut assassiné à York par Allectus, ministre qui avait abusé de sa confiance et redoutait son ressentiment. [A. D. 297.]
Allectus jouit trois ans du fruit de sa perfidie. Ce temps fut employé par Constance à préparer une flotte qui pût sûrement transporter ses troupes dans l'île. Pour distraire l'attention de l'ennemi, elle fut divisée en deux escadres dont l'une, sous son commandement, stationna à Boulogne; l'autre, sous celui du préfet Asclépiodote, à l'embouchure de la Seine. Celui-ci, cédant à l'impatience des marins, fut le premier qui mit à la voile; et, à la faveur d'un brouillard, il passa, sans être aperçu de la flotte bretonne, près de l'île de Wighl, et atteignit sans opposition la côte voisine. Le césar lui-même, avec un armement plus puissant encore, dirigea sa course vers la côte du Kent, et en débarquant reçut l'agréable nouvelle de la mort d'Allectus. Au premier bruit de l'arrivée d' Asclépiodote, l'usurpateur était accouru sur les lieux ; mais la plus grande partie de ses forces n'avait pu l'égaler en vitesse, et, avec sa garde, composée d'une troupe de Francs, il fut promptement accablé par les Romains. Et ce ne fut pas là ie seul bonheur de César. Une division de sa flotte, qui s'en était séparée dans l'obscurité , entra dans la Tamise , et avança sans rencontrer un ennemi jusque dans le voisinage de Londres. En ce moment un corps d'auxiliaires à la solde d'Allectus, apprenant sa mort, commençait à piller la ville. Elle fut sauvée par l'arrivée fortuite des Romains; et Constance lui-même fut bientôt après salué par les habitants comme leur souverain et leur libérateur.