CHAPITRE PREMIER. 3ô
Il rétablit sur-le-champ l'autorité impériale; la Bretagne devint sa résidence favorite , et les naturels jouirent du bienfait d'une administration douce et équitable jusqu'à ce que leur bonheur fut troublé par la persécution religieuse 4.
À tant de siècles de distance il est impossible de découvrir par qui le christianisme fut d'abord prêché dans l'île. Quelques écrivains ont attribué cette mission à saint Pierre, d'autres ont donné la préférence aux prétentions rivales de saint Paul; mais ces deux opinions, improbables d'ailleurs en elles-mêmes, reposent sur les preuves les plus faibles, sur des témoignages dont beaucoup ne sont nullement concluants, et qui tous sont ambigus et peu satisfaisants. Il est certain pourtant qu'il y a eu de très-bonne heure des chrétiens en Bretagne; et cette circonstance s'explique aisément par les relations qui existaient depuis long-temps entre cette île et Rome. Peu d'années après l'ascension de Jésus-Christ, l'église de Rome était parvenue à une grande célébrité; bientôt elle attira l'attention et fut honorée de l'inimitié de Claude et de Né-* ron *. Parmi les Romains que le choix ou la nécessité conduisit en Bretagne à cette époque, et parmi les Bretons qui se décidèrent à aller voir Rome, quelques-uns naturellement furent en rapport avec les prédicateurs de l'Évangile, et cédèrent aux efforts de leur zèle. Pomponia Graecina, femme du proconsul Plautius, le premier qui ht dans l'île des conquêtes durables, et Claudia, dame bre-» tonne, qui avait épousé le sénateur Pudens, passent, sur des données très-plausibles, pour avoir été chrétiennes ». Mais, que ce soit à leur piété ou à celle de tout autre individu 4 que l'on doive attribuer l'introduction de la doctrine du christianisme chez les Bretons, elle parait avoir fait des prosélytes et s'être avancée d'un pas silencieux mais ferme vers l'extrémité de Pile. L'attention des officiers romains était absorbée par les devoirs civils et militaires de leurs postes; et tandis que le sang des chrétiens coulait dans les autres provinces do l'empire, on laissait les Bretons se livrer, sans être persécutés, aux pratiques de la religion nouvelle. 11 est
1. Paneg. vet. p. 177, 18(h Eutrop. ix, p. 659. Aurel. Vict. in Constant. / 2. Eptt. aux Romains, !, 8. Suet. in Claud. XA'V. Tac. Ann. xv, 44.
3. Pour Pomponia, voyez Tacite, Ann. xm, 32. Pour Claudia, comparez saint Paul, II. Tim. iv, 21, avec Martial, Epigr. n, 54; iv, 13.
4. Rien n'est moins probable en soi, ni moins appuyé par les témoignages anciens, que l'opinion que la Bretagne Tut convertie par les missionnaires de l'Orient. Le seul fondement sur lequel elle repose , c'est qu'au septième siècle les Bretons ne célébraient point la Pâque le même jour que l'église de Rome. Cependant il n'en était point ainsi au commencement du quatrième siècle, comme on le voit clairement dans Eusèbe [Vil. Consl. nr, 19), Socrate [Hisl. v, 22), et le concile d'Arles (Spelman, p. 40, 42) .
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même prouvé que les sujets de Rome n'étaient pas les seuls qui connussent l'Évangile. Avant la fin du nu siècle, il avait pénétré dans le nord chez les tribus indépendantes 4.
On pouvait s'attendre que les écrivains bretons auraient conservé la mémoire d'un événement aussi important à leurs yeux que la conversion de leurs pères ; mais leurs traditions ont été si embellies ou défigurées par la fiction, que , sans preuve collatérale , il est presque impossible d'y distinguer le réel de l'imaginaire. Après avoir retranché du récit de Nennius et de ses frères chaque circonstance improbable , nous pouvons croire que l'autorité conférée à Cogidunus par l'empereur Claude resta dans sa famille ; que Lucius (Lever-Maur ou la Grande-Lumière), un de ses plus proches descendants, croyait à l'Évangile; qu'il avait envoyé à Rome Fagan et Dervan s'instruire plus parfaitement dans la foi chrétienne, et que ces envoyés, ayant reçu L'ordination du pape Évariste ou Éleuthère, avaient à leur retour, et aidés de l'influence de leur patron, accru le nombre des prosélytes par leurs prédications, et établi l'église bretonne sur le modèle des églises du continent. Mais, indépendamment de leur autorité, nous avons la preuve incontestable que les croyants étaient nombreux et qu'une hiérarchie régulière avait été instituée avant la fin du me siècle. l,es écrivains contemporains mettent toujours l'église de Bretagne sur un pied d'égalité avec les églises d'Espagne et de Gaule ; et, dans l'un des plus anciens conciles d'Occident, celui d'Arles, en 31 i, nous trouvons les noms de trois évèques bretons : Eborius d'York, pour la province de Maxima ; Restitutus de Londres, pour celle de Flavia, et Adelphius de Richeborough , pour celle de Britannia Prima 6.
[A. D. 303-305.1 On a vu que les chrétiens bretons avaient jusqu'alors échappé aux persécutions auxquelles leurs frères du continent étaient souvent exposés. Mais, au commencement du ive siècle, Dioclétien et Maximien résolurent de venger les désastres de l'empire sur ceux qui professaient l'Évangile, et on publia des édits qui ordonnaient de démolir les églises dans toutes les provinces, et punissaient de mort le refus d'adorer les dieux du paganisme. Constance pouvait condamner l'ordonnance impériale ; mais il n'osa pas se refuser à l'exécuter : seulement il eut soin en même temps de montrer par sa conduite ce qu'il pensait des persécutions religieuses. Assemblant autour de lui les officiers chrétiens de sa
1. « Britannorum inaccessa Romanis loca, Christo vero subdita.» Tertull. ad~ vers. Jud. c. vu, p. IS9; éd. Rigalt.
2. Spelm, Conc. 42, 45. Labbc, Conc. i, 1430. Euseb. v, i3. Socrat. v, 21.