CHAPITRE PREMIER. M
maison, il leur donna communication de la volonté des empereurs, et ajouta qu'ils devaient se résoudre à résigner leurs emplois, ou à abjurer le culte de Jésus-Christ. Ceux d'entre eux qui préférèrent leur intérêt à leur religion reçurent la récompense que méritait leur perfidie : le césar les renvoya de son service, faisant l'observation qu'il ne compterait jamais sur la fidélité d'hommes qi:i s'étaient montrés traîtres envers leur Dieu1. Mais la modération de Constance n'arrêta pas le zèle des magistrats inférieurs. Les églises furent rasées dans presque tous les districts; et quant aux chrétiens, beaucoup se sauvèrent dans les forêts et dans les montagnes, beaucoup souffrirent avec courage la torture et la mort. Gildas nous a conservé les noms de Julius et d'Aaron, citoyens de Caerleon sur l'Usk ; et la mémoire d'Alban, le protomartyr de la Bretagne, fut long-temps honorée dans son pays et chez les nations voisines. Mais en moins de deux ans Dioclétien et Maximien abdiquèrent la pourpre ; Constance et Galère prirent le titre d'empereurs, et la liberté religieuse fut rendue aux habitants chrétiens de l'ile*.
[A. D. 306.] Constance, lorsqu'il était dans une position inférieure, avait épousé Hélène, née en Bithynie, au dire de quelques écrivains ; fille d'un prince breton, s'il faut en croire nos historiens nationaux. Quand il fut élevé à la dignité de césar, il lui fallut répudier Hélène pour prendre Théodora, belle-fille de Maximien ; mais Hélène lui avait déjà donné un fils en Bretagne3, le célèbre Constantin, à qui la postérité a décerné l'épithète de Grand. Le jeune prince fut élevé honorablement, mais comme otage, à la cour de Dioclétien , puis à celle de Galère. Mais à la nouvelle que la santé de son père déclinait rapidement, il saisit un moment favorable pour s'échapper, et, mutilant à chaque relais les chevaux qui n'étaient pas nécessaires pour sa fuite, il réussit à retarder la course de ceux qui le poursuivaient. 11 atteignit York peu de jours avant que Constance expirât, fut recommandé par lui à l'affection des troupes, et prit, avec leur assentiment, les titres de césar et d'auguste. La suite de son histoire, et la longue série de victoires qui réunirent l'empire entier sous son autorité sont des faits étrangers à ces pages ; mais if sera nécessaire de noter un changement important qu'il fit dans le gouvernement de la Bretagne *.
Dioclétien avait fait quatre lots de l'empire, et les avait répartis
1. Euseb. Vil. Consl. ï, 16. Sozom. I, 6. Lact. Demorlib. persec. 15, 16