‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 342 sur 643 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

HENRI Ier, SURNOMMÉ BBAU-CLBRC.

PRINCES CONTEMPORAINS

Emp. d'Allemagne. Rois d'Écosse. Rois de France. Rois d'Espagne.

Henri IV 1106. Edgar 1106. Philippe Ier 1108. Alphonse VI. 1109.

Henri V 1125. Alexandre I«r 1124. Louis VI. Alphonse VII. 1134

Lothairell. David I«r. Alphonse VIII.

PAPES

Pascal II. 1118. Gélase II. 1119. Calixte II. 1124. Honorius II. 1130. Innocent II.

Avènement de Henri. — Invasion du duc Robert. — Henri en Normandie — Il fait Robert prisonnier. — Dispute au sujet des investitures. ~Guerre en Normandie. — Histoire de Juliana , fille du roi. — Naufrage de son fils Guillaume. — Sa couronne assurée à Mathilde. — Administration de la justice. — Relief des tenanciers de la couronne. — Extorsions. — Dispute relative aux légats. — Mort et caractère de Henri. — Ses ministres. — Etat de la science.

Quatre ans s'étaient écoulés depuis que Robert de Normandie avait abandonné ses États d'Europe pour aller recueillir une stérile moisson de gloire dans les champs de la Palestine. Accompagné de Hugues de Vermandois et de Robert de Flandre, il avait passé les Alpes , reçu la bénédiction du pontife à Lucques , et re-

joint les croisés sous les murs de Constantinople. Au siège de Nicée il eut un commandement important; à la bataille de Dorylaeum, ses exhortations et son exemple soutinrent le courage défaillant des chrétiens ; à la prise d'Antioche, la palme de la bravoure avait été partagée entre lui et Godefroy de Bouillon 1 ; et si , dans un revers de fortune, il se déroba avec plusieurs autres aux horreurs de la famine et à la perspective de l'esclavage, cette tache momentanée fut effacée par son retour à l'armée, par ses exploits sur le champ de bataille et par ses services lors de l'assaut de Jérusalem. La couronne de cette cité fut donnée à Godefroy, le plus digne des chefs confédérés; mais, s'il faut en croire les historiens anglais, elle avait été auparavant offerte à Robert, qui, avec plus de sagesse qu'il n'en montrait habituellement, préféra ses États d'Europe à la position précaire d'un trône entouré de nations infidèles et hostiles».

Par la priorité de sa naissance et par les stipulations des traités, la couronne d'Angleterre appartenait à Robert [M 00]. Il revenait dans son duché et était déjà arrivé en Italie, lorsque, ignorant de quel enjeu il s'agissait , il s'arrêta dans la Pouille pour faire la cour à Sibylle, la jolie sœur de Guillaume de Conversana*. Henri, le plus jeune frère, était sur les lieux ; il avait suivi Guillaume-le-Roux dans la forêt; et au moment où il apprit que le roi était mort, il piqua des deux, courut à Winchester pour s'assurer du trésor royal. Guillaume de Breteuil , à qui la garde en était confiée, arriva au môme instant, et déclara sa détermination de le conserver à Robert, l'héritier légitime. Aussitôt le prince tira son épée , et il y aurait eu du sang répandu , si leurs amis communs ne se fussent interposés et n'eussent décidé Breteuil à se désister de son opposition. Dès que Henri eut pris possession du trésor et du château, il fut proclamé roi ; et, partant pour Westminster, il fut couronné le dimanche, trois jours après la mort de son frère [5 août]. Le cérémonial fut le même que celui qui avait été observé au couronnement des rois anglo-saxons, et il fut accompli par Maurice, évèque de Londres, en l'absence d'Anselme et par suite de la vacance du siège archiépiscopal d'York*.

Le même jour on prit soin d'informer la nation des avantages

1. On croyait que Godefroy, d'un coup de son épée, avait séparé le corps d'un Turc de l'épaule à la hanche opposée ; et que Robert, de son cimeterre, avait Tendu la tête et l'armure de son adversaire du crâne à la poitrine.

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