‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 343 sur 643 · CHAPITRE D1XIKMË · texte numérisé non relu

CHAPITRE D1XIKMË

qu'elle retirerait de l'avènement du nouveau monarque. Pour diminuer la faiblesse de ses droits en les rattachant aux intérêts du peuple, il publia une charte de libertés dont on envoya des copies aux divers comtés , où elles furent déposées dans les principaux monastères. Par cet acle, 1° il rendait à l'Église ses anciennes immunités, et promettait de ne pas vendre les bénéfices vacants , de ne pas les affermer, de ne pas les retenir en sa possession au profit de son échiquier, et de ne pas lever de tailles sur leurs tenanciers. 2° Il accordait à tous ses barons et vassaux immédiats ( et les invitait à faire la même concession à leurs tenanciers) l'autorisation de disposer par testament de leur propriété personnelle ; de donner leurs filles et parentes en mariage , sans finance ni empêchement, pourvu que le futur ne fût pas son ennemi ; pour les infractions à la paix et autres délits, ils ne seraient plus mis à la merci du roi, comme du temps de son père et de son frère, mais ils seraient condamnés à payer les sommes fixées par les lois anglo-saxonnes; leurs héritiers payeraient les reliefs coutumiers pour la prise de possession de leurs terres , et non les compensations arbitraires qui avaient été exigées par ses deux prédécesseurs; les héritières ne seraient plus forcées par le roi de se marier sans le consentement des barons ; les veuves conserveraient leurs douaires et ne seraient pas données en mariage contre leur volonté, et la tutelle des mineurs serait, ainsi que la garde de leurs terres, confiée à leurs mères ou à leurs plus proches parents. 3° A la nation, en masse, il promettait de mettre en vigueur les lois d'Edouard-le-Confesseur telles qu'elles avaient été amendées et publiées par son père; de ne lever aucun droit de monnayage qui n'eût été payé du temps des Saxons, et de punir avec sévérité la fabrication et la vente des monnaies légères. Il exemptait de toutes taxes et charges les terres domaniales de tous ses tenanciers militaires , remettait toutes les amendes dues à l'échiquier, et les condamnations pécuniaires pour « meurtres » commis avant son couronnement ; et il ordonnait, sous les peines les plus graves, que réparation fut faite pour toutes les injustices qui avaient eu lieu en conséquence de la mort de son frère. Telles sont les clauses de cette charte célèbre, qui mérite d'autant plus l'attention du lecteur qu'en proclamant l'abolition des coutumes illégales introduites après la conquête, elle montre la nature des abus que la nation avait subis sous les deux Guillaume. Henri, néanmoins, conserva les forêts royales et les lois forestières ; mais par manière d'excuse il déclara que, dans cette réserve, il avait été guidé par l'avis de ses barons, et qu'il avait obtenu leur consentement. A

cette charte il en ajouta en môme temps une autre très-avantageuse en faveur des citoyens de Londres K

Jusqu'ici la moralité de Henri avait été aussi douteuse que celle de feu son frère; la politique lui apprit à affecter le zèle et la sévérité d'un réformateur. Il renvoya ses maîtresses, chassa de sa cour les hommes qui avaient scandalisé le public par leurs goûts efféminés et leurs débauches 2, et pressa le retour de l'archevêque Anselme dans les ternies de la plus haute estime et de la plus grande vénération pour son caractère. A la sollicitation des prélats, il consentit à se marier , et l'objet de son choix fut Mathilde ou Maud, fille de Mulcolin, roi d'Écossc, et do Marguerite, sœur d'Edgar l'etheling ; princesse qui, descendant des monarques anglo-

1 . Stat. of Realm. I, 1. Leg. sax. 233. Rie. Hagul. 310. 311. La charte de Henri est un document très-important , en ce qu'elle déclare rétablir la loi dans l'état où l'avait mise Guillaumc-le-Conquérant. uLegem régis Edvardi vobis reddo cum illis emendationibus quibus eam pater meus emendavit consilio baron um suorum. n Stat. 2.— Nous pouvons inférer de là qu'à cette époque la couronne ne tirait aucun émolument de la garde des bénéfices vacants; qu'elle n'apportait aucun empêchement au mariage des parentes de ses tenanciers ; que le grand conseil des tenanciers prononçait sur les mariages des héritières ; qu'il était permis aux veuves de se marier à leur choix ; que la garde de l'héritier et de ses terres était donnée à sa mère et à ses proches parents ; que le montant des reliefs était fixé par la loi , et qu'il y avait des bi<;ns appelés « rectae ha?rcditates «qui ne payaient aucune espèce de relief ; que la disposition de la propriété personnelle par testament était valide sans le consentement du souverain ; que les biens personnels des intestats étaient partagés entre les plus proches parents; et que les amerciaments , par lesquels lo bien personnel du délinquant était mis à la merci du roi, étaient inconnus. Toutes les pratiques contraires avaient surgi pendant les dernières années du Conquérant, et le règne de Guillaume-le-Roux , particulièrement sous l'administration de Flambard. A cette charte est ajouté un traité des lois en 94 chapitres , dressé par un écrivain inconnu , évidemment dans l'intention d'instruire les juges dans la loi telle qu'elle existait du temps d'Edouard-le- Confesseur , et telle qu'elle avait été amendée par Guillaume-le-Conquérant, et qu'elle venait d'être rétablie par Henri. Lrg. sax. 236-2^3. — Il est à peine nécessaire d'ajouter que lorsque le roi sévit affermi sur le tr<me, il renouvela tous les abus qu'il avait précédemment abolis.

2. « EfTeminatos curia propellens lucernarum usum noctibus in curia restituit , qui fuerat teinpore fratris intermissus. Malin 88. — Pourquoi les lumières avaient été prohibées dans le palais de Guillaume , ou étaient rétablies par Henri , je suis hors d'état de l'expliquer. Mais les ueffeminati n sont si souvent mentionnés par nos anciens écrivains , qu'il demandent quelques remarques. C'étaient les jeunes gens à la mode de l'époque, et ils devaient ce nom à leur manière de s'habiller , qui approchait de celle des femmes. Ils portaient des tuniques à grandes manches, et des manteaux à longue queue. La pointe de leurs souliers (pigaciœ) était bourrée d'étoupe, d'une longueur énorme , et tordue de façon à imiter la corne d'un bélier ou les replis d'un serpent : amélioration récemment introduite par Foulques, comte d'Anjou , pour cacher la difformité de son pied. Leurs cheveux étaient séparés sur le front et lisses jusqu'aux épaules, d'où ils tombaient en boucles le long du dos, et étaient souvent allongés fort absurdement par l'addition de fausses boucles. La partie la plus rigide du clergé était opposée à cette façon de s'habiller, surtout à la manière de porter les cheveux , qui , disait-on , avait été prohibée par saint Paul : u Si un homme prend soin de ses cheveux , c'est une honte pour lui. » 1 Cor. xi. 14. — Mais, après de longs débats, la mode triompha et du clergé et de l'apôtre. Voyez Malmsbury (88,89), Eadmcr ixxm. 106| etOrderict«82).— Ce dernier a joute qu'ils é atent adonnés aux plus abominables vices : m sodoiniticis spurcitiis iœ Ji catamitui. v Ibid.

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