CHAPITRE DIXIÈME
saxons, donnerait, espérai t-on, de la solidité à son trône, et assurerait la succession à sa postérité. Leur union pourtant souleva une objection qui faillit détruire ses espérances. La princesse, dans son enfance, avait été confiée aux soins de sa tante Christine, abbesse de Wilton, qui, pour préserver la chasteté de sa nièce de la brutalité des soldats normands, l'avait forcée de prendre le voile et de fréquenter la société des nonnes. On concluait de là que, suivant les canons ecclésiastiques , elle n'avait plus la liberté de se marier; mais dans un synode de prélats l'objection fut mise à néant, conformément à une ancienne décision de l'archevêque Lanfranc dans un cas semblable [11 novembre]. Le mariage fut célébré , et la reine couronnée avec les solennités d'usage par Anselme , qui était revenu en Angleterre , et avait repris l'administration de son diocèse1.
Pour satisfaire à la clameur du peuple, Henri avait fait enfermer à la Tour Flambard, évèque de Durham, le coupable ministre du feu roi. Ce prélat vécut somptueusement dans sa prison de l'allocation qu'il recevait de l'échiquier , et des présents que lui envoyaient ses amis ; et par son esprit, son enjouement et sa générosité, il s'insinua dans les bonnes grâces de ses gardiens, dont il endormait la vigilance [1101]. Au commencement de février il reçut une corde cachée au fond d'une cruche de vin. Les chevaliers qui le gardaient furent, comme de coutume, invités par lui à dîner ; ils burent copieusement jusqu'à ce que la soirée fût avancée; et bientôt après qu'ils se furent couchés, Flambard, à l'aide de sa corde, descendit par la fenêtre, fut conduit par ses amis au bord de la mer, et de là s'enfuit en Normandie2. Il y trouva le duc Robert, qui avait épousé Sibylle, et était revenu dans son duché un mois après la mort de son frère. Ses anciens sujets l'avaient accueilli avec joie; mais, quoique son intention fût de faire valoir ses droits à la couronne d'Angleterre, il remit l'entreprise à
1. Kadmcr, 5«5-58. Alurcd Bev. 144. D'après les procédures du concile tenu à cette occasion, il paraît qu'au temps de la conquête il n'y avait aucune sûreté pour les femmes, à moins qu'elles ne se réfugiassent dons un couvent. uSuo pudor i metuentes monasteria virginum petivere ; acceptoque velo, sese inter ipsas à tanta inlamia protexere. •» Ead. ibid. —Voici comment Mathilde descendait des rois anglo-saxons :
Edmond C6te-de-Fcr.
Kdoiard.
Kdgar. Marguerite.
Mathilde.