Orderic
une autre époque. Pour le moment il songeait au plaisir et non au pouvoir ; il voulait montrer à ses Normands la belle capture qu'il avait rapportée de la Pouille ; et sa dot, qui était très-considérable, fut dépensée en festins et en spectacles *. Mais l'arrivée et les suggestions de Flambard éveillèrent son ambition , et tournèrent ses pensées du plaisir à la guerre. Ses vassaux manifestaient un ardent désir de combattre sous un prince qui avait cueilli des lauriers dans la guerre sainte : il lui venait d'Angleterre des offres d'assistance , et des forces puissantes, en hommes d'armes , archers et fantassins, eurent l'ordre de s'assembler dans le voisinage de Tréport. Les barons anglais qui avaient pris l'engagement d'épouser sa cause, Robert de Bellesme, Guillaume de Warenne, Ivon de Grentmesnil et Gauthier Giffard, reçurent de lui quelques-unes des plus importantes forteresses de la Normandie. Son but était de s'assurer leur coopération ; mais il eut lieu de regretter une mesure qui affaiblit son pouvoir et qui finit par causer sa ruine2.
Henri voyait avec inquiétude les préparatifs de son frère; mais il redoutait encore plus la désaffection bien connue de ses barons. Robert de Meulan, le plus fidèle et le plus en faveur de ses ministres, lui conseilla de faire tous les sacrifices possibles pour conserver sa couronne, de promettre tout ce qu'on lui demanderait, de partager entre les plus suspects les meilleures terres du domaine royal, et d'attendre que l'heure du danger fût passée; alors il pourrait reprendre ces concessions, et punir la perfidie des hommes qui avaient osé vendre à leur souverain les services qu'ils lui devaient par leurs serments. A la Pentecôte, Henri tint sa cour : toutes les demandes furent accueillies ; la charte fut renouvelée, et le roi jura dans les mains d'Anselme , comme représentant de la nation, de remplir avec fidélité tous ses engagements. Son armée se rassembla à Pevcnsey, sur la côte de Susscx. Robert, conduit par les marins que Flambard avait détournés de leur allégeance, atteignit le havre de Portsmouth. Il devenait de la plus haute importance pour chacun des deux princes de s'assurer de la ville de Winchester. Quoique Robert en fût le plus près, il fut retardé par le débarquement de ses troupes, et Henri le devança. Le voisinage des deux armées avait réveillé l'esprit de révolte chez les barons anglo-normands; mais les indigènes restèrent fidè-
1. M.ilms. 8f>. Sibylle mourut en 1102, empoisonnée, à ce que l'on crut , par Agnès, coaites.se douairière de Bucltingham, qui, possédant le cœur du duc, ambitionnait ans* de partager ses honneurs. Orderic, blO. — La version de Malmsbury est différente.