Orderic, 837-8U
de demander au roi d'Angleterre la cessation des hostilités ; puis ses armes obtinrent succès sur succès; ensuite Baudoin mourut d'une légère blessure reçue au siège d'Eu ; bientôt Foulques d'Anjou , séduit par un présent considérable et par le mariage immédiat de sa fille avec le fils de Henri, se sépara de ses alliés ; et enfin la victoire de Brenncvillc, décisive quoique presque sans effusion de sang, donna la supériorité au roi d'Angleterre [4119]. Par hasard, Henri et Louis se rencontrèrent dans le voisinage de Noyon. Henri avait cinq cents chevaliers, et Louis quatre cents. Les Français combattirent à cheval , et les Anglais à pied , à l'exception d'un cinquième des leurs. Dans cet engagement, les deux princes déployèrent le courage le plus déterminé, et coururent l'un et l'autre le plus imminent danger. Henri reçut deux coups sur la tète; mais quoique la violence du choc eût fait jaillir le sang de ses narines , telle était la trempe de son casque, qu'elle résista au tranchant de la hache d'armes. Louis eut son cheval tué sous lui , et ce fut avec peine qu'il s'échappa à pied dans la foule des fuyards. Son étendard et cent quarante chevaliers restèrent aux mains du vainqueur. Guillaume de Normandie était à ce combat, mais il dut son salut à la fuite *.
Les soins paternels du pape Calixte II mirent fin aux hostilités. Louis, accompagné du fils de Robert, comparut au concile de Reims, et, dans un discours qui ne manquait pas d'éloquence , il accusa Henri de cruauté, d'injustice et d'ambition. L'archevêque de Rouen répondit au royal orateur; mais ce prélat fut écouté avec impatience, et fréquemment interrompu par les partisans de la France. A l'issue du concile, Calixte rendit en personne visite à Henri , à qui il était allié par sa naissance; et le roi d'Angleterre essaya de justifier ou de pallier sa conduite aux yeux du pape. Il nia avoir pris la Normandie à son frère ; ce frère l'avait déjà perdue par son indolence et par sa folie. Tout ce qu'il avait fait , quant à lui, c'avait été d'arracher l'ancien patrimoine de sa famille aux mains des traîtres et des rebelles, au pouvoir desquels il était tombé. Il n'était pas vrai non plus que Robert fût retenu en prison. Il était traité comme un prince qui avait renoncé aux soins et aux fatigues du gouvernement. 11 vivait dans un château royal, était servi avec une magnificence princière, et jouissait de toutes les distractions qu'il désirait. Quant à Guillaume , Henri assura au pontife qu'il se sentait une tendresse d'oncle pour ce jeune prince; que son intention avait été de l'élever comme son propre fils, et qu'il lui avait souvent offert un asile honorable et trois comtés en