CHAPITRE DIXIÈME
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Angleterre : offres que Guillaume avait constamment refusées, à l'instigation d'hommes qui étaient également les ennemis du neveu et de l'oncle. D'aussi faibles raisonnements ne pouvaient tromper la pénétration de Calixte ; mais, ne voulant pas insister sur une demande qu'il prévoyait ne pas devoir réussir, il amena la conversation sur le sujet de la guerre , et obtint de Henri une assurance des sentiments les plus pacifiques. La nouvelle en fut aussitôt transmise aux parties belligérantes, et un traité de paix fut conclu sous les auspices du pontife. Henri garda ce qu'il désirait principalement, la possession de la Normandie; et le roi de France, comme seigneur souverain, reçut l'hommage de Guillaume, fils de Henri , au lieu de celui du père *.
En lisant l'histoire de cette guerre, écrite par Orderic, l'esprit s'étonne des exemples opposés de barbarie et de raffinement , de cruauté et d'humanité dont elle abonde. 1. Le nombre des morts, à la fameuse bataille de Brenneville, ne monta pas à plus de trois ; car, dit l'historien , les chevaliers chrétiens ne combattent pas pour la vengeance, mais pour la gloire ; ils ne cherchent point à répandre le sang , mais à s'emparer de la personne de leur ennemi 2. Leur grand objet était de le jeter par terre; et quand ils y étaient parvenus , soit par un coup , soit par la mort de son cheval , le chevalier, emprisonné dans sa pesante armure , était incapable de se tirer d'affaire lui-môme, et restait, sans résistance, à la merci de son adversaire. IL Au milieu des hostilités on échangeait des politesses , et le captif qui s'était signalé par son courage était souvent relâché sans rançon par un généreux vainqueur. Le roi , après la victoire, rendit à Louis son cheval de bataille , avec les harnais d'or et d'argent; et son fils, en môme temps, envoya au fils de Robert de riches présents, afin que le jeune exilé put paraître devant les étrangers avec l'éclat du à sa naissance MIL Mais leurs passions étaient violentes et implacables ; et lorsqu'il s'agissait de vengeance, leurs cœurs semblaient endurcis contre tout sentiment d'humanité. Eustachc, seigneur de Breteuil, qui avait épousé Juliana, une des filles illégitimes du roi, avait sollicité le don d'une forteresse importante qui faisait partie du domaine ducal. Henri suspectait sa fidélité, mais ne voulait pas l'irriter par un refus formel. Il fut convenu que deux enfants , les filles d'Eustache et de Juliana, seraient données en otages à Henri, comme
1 . Orderic , 858 , 859, 865 , 8C6. Malm. 93. La grand'mère de Calixte était Alice , fillo de Richard II , duc de Normandie. Orderic, 848.