‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 367 sur 643 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

VI. Il faut faire observer , toutefois, que l'équité et l'humanité du roi étaient fort douteuses. Tant que ses intérêts n'étaient point enjeu, il ne montrait aucune répugnance à réprimer et à punir les exactions et la rapacité des autres ; mais lorsqu'il s'agissait de son propre agrandissement, il ne se faisait pas scrupule de fouler aux pieds toute considération de justice et de se jouer de la fortune et du bonheur de ses sujets. Son système de politique continentale l'entraînait dans des dépenses énormes, car c'était surtout avec l'argent qu'il combattait, et il avait rarement recours aux armes avant d'avoir essayé l'effet des présents et des promesses. Aussi il était constamment poursuivi de la crainte de la pauvreté , et ses ministres n'étaient occupés qu'à inventer des moyens d'acquitter ses engagements passés et de pourvoir aux engagements futurs. Le danegelt , au taux de douze sous par hide, fut maintenu pendant toute la durée de son règne. Une aide additionnelle de trois shillings par hide fut exigée à l'occasion du mariage de sa fille Mathilde, et on peut lire à presque toutes les pages de l'annaliste saxon des plaintes annuelles de nouvelles et excessives exactions K La science de l'impôt était alors dans son enfance. Alléger le fardeau en l'égalisant n'entra jamais dans la pensée des financiers de cette époque. Le roi avait besoin d'une certaine somme d'argent; elle était arrachée par la forte main du pouvoir aux mains récalcitrantes du sujet. Les collecteurs, dit Eadmer, semblaient n'avoir aucun sentiment d'humanilé ni de justice. Si un homme était sans argent, il était jeté en prison ou forcé de s'enfuir du pays : ses biens étaient vendus , les portes de sa maison enlevées , et le peu qui lui restait était exposé à la merci de tous les passants. Si un homme avait de l'argent, il était assailli de menaces de poursuites pour des délits imaginaires, jusqu'à ce qu'il eut livré tout ce qu'il possédait; car nul n'osait entrer en procès avec son souverain, ou, en refusant de payer la demande actuelle , s'exposer à la perte immédiate de tout son avoir. Cependant, ajoute l'histoire, il y a bien des gens qui ne pensent guère à de telles atrocités, tant nous y avons été habitués sous les deux derniers, monarques 2.

L'histoire ecclésiastique de cette époque fournit de nombreux exemples de la rapacité du roi. Dans la charte qu'il avait publiée à son avènement, il s'était solennellement engagé à ne point vendre les bénéfices vacants et a ne point en appliquer les profits à

1. Chron. sax. 211, 212, 213 et suiv. Hunt. 217, 218, 219. Bromp. 1001.

2. Eadmer, 83. « Dieu sait , » dit le chroniqueur saxon , « avec quelle injustice ces misérables gens sont traités. D'abord on les prive de leur avoir , et puis on les met à mort. Si un homme possède quelque chose, on le lui prend ; s'il n'a rien , on le laisse périr de faim. » Chron, sax. 228.

:m HISTOIRE D'ANGLETERRE.

son usage. Cette promesse fut violée aussitôt qu'elle put l'être avec impunité. Afin que la couronne pût jouir des revenus épiscopaux, les évêchés de Norwich et d'Ely furent laissés sans prélats pendant trois ans ; ceux de Canterbury, de Durham et de Hereîbrd, pendant cinq. A son couronnement, il avait promu au siège de Winchester son chancelier, Guillaume Giflbrd. Peu après, il extorqua au nouveau prélat la somme de huit cents marcs. Il évalua le revenu de Lichlield à trois mille marcs, et força Roger, neveu de Geoffroi Dedington , à payer celte somme avant de le nommer à l évèché. Gerold avait été fait abbé de Tewkcsbury. Hors d'état de satisfaire aux demandes réitérées du roi, il fut dans la nécessité de résigner son abbaye. Gilbert, évèque de Londres, avait acquis la réputation d'un prélat riche et économe. A sa mort, tous ses trésors furent confisqués au profit de la couronne f. La manière dont les écrivains contemporains rapportent incidemment ces procédés iniques peut raisonnablement faire croire qu'ils n'étaient pas des plus rares,

J'ajouterai un autre fait plus singulier. Le lecteur a déjà vu la tentative de l'archevêque Dunstan pour rétablir , sous le règne d'Edgar, l'ancienne règle du célibat du clergé. L'exécution des canons qu'il publia à ce sujet fut suspendue pendant l'invasion des Danois , sous Sweyn , et ensuite négligée sous Canute et ses successeurs. Lorsque Lanfranc fut promu au siège de Canterbury, il résolut d'imiter la conduite de Dunstan , mais il eut soin en même temps de tempérer son zèle par de la modération. Dans un synode qu'il assembla à Winchester en 1075, les curés de village qui étaient mariés reçurent la permission de garder leurs femmes; mais l'obligation du célibat fut imposée au haut clergé et au clergé conventuel , et à l'avenir on exigea un vœu de continence de tous les aspirants au diaconat et à la prêtrise. A une distance de vingtsix ans, un autre synode fut tenu à Westminster par l'archevêque Anselme. Il y fut arrêté que tout prêtre et diacre serait obligé de tenir la promesse qu'il avait faite à son ordination, et que tous les futurs sous-diacres seraient soumis à la même contrainte f. On suggéra à Henri l'idée que ce canon pouvait devenir une source de revenus. En conséquence , une commission fut nommée avec ordre de s'enquérir de la conduite du clergé, et d'imposer une forte amende à tout individu qui serait reconnu avoir transgressé le règlement du synode. Le résultat fit voir que le nombre des délinquants était trop petit pour produire une somme considérable ;

1. Sim. Dunclm 62, 256. Ang. Sac. 1, 297, 304, 408, 609 ; il, 698. Ead. 109.

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