‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 372 sur 643 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

Un écrivain contemporain nous a laissé un double portrait de Henri tel qu'il fut dépeint par ses amis et par ses ennemis après sa mort. Les premiers le rangèrent au nombre des plus sages, des plus riches et des plus braves de nos monarques ; les derniers chargèrent sa mémoire du reproche de cruauté, d'avarice et d'incontinence ». Un observateur impartial trouvera, de nos jours, pou de chose à louer dans son règne, à moins que ce ne soit la sévérité avec laquelle il punit les délits. Cette sévérité fut un bienfait réel pour le peuple, car elle ne contribua pas seulement à détruire les voleurs de profession, mais elle réprima aussi la rapacité et la violence des barons. Encore son mérite à cet égard serait-il trèséquivoque. Tant que chaque condamnation rapportait une amende ou confiscation à l'échiquier royal, les princes étaient stimulés par un sentiment d'intérêt personnel à faire exécuter les lois*. Henri, au même instant où il châtiait les injustices des autres, ne se faisait point scrupule d'en commettre lui-même. Probablement dans les deux cas il avait en vue le même objet, son propre avantage.

Le grand but de son ambition était d'agrandir sa famille en augmentant ses possessions sur le continent. Ses succès dans ce projet favori lui valurent une réputation de sagesse politique; mais elle fut achetée au prix de sommes énormes arrachées à un peuple souffrant et appauvri. Cependant, si les Anglais payaient ainsi des acquisitions auxquelles ils avaient peu d'intérêt , ils en retiraient un avantage. L'attention que le roi donnait à la politique étrangère le rendait jaloux de rester en paix avec ses voisins immédiats. 11 vécut dans les termes les meilleurs avec Alexandre et David , successivement rois d'Écosse. Le premier avait épousé sa fille naturelle, Sibylle; tous deux étaient frères de sa femme Mathilde. Il fut plus difficile de réprimer la disposition des Gallois a la déprédation; toutes les fois qu'il se préparait à châtier leur audace, ils apaisaient son ressentiment par leur soumission et par des présents. Pour tenir en bride ces esprits turbulents , il transplanta parmi eux une colonie. considérable d'étrangers. Beaucoup de Flamands avaient trouvé des établissements en Angleterre sous la protection de sa mère Mathilde, et le nombre s'en était doublé par une affluence d'émigrés qu'une inondation du Rhin avait chassés de chez eux. Henri les plaça d'abord sur la rive droite de la Tweed ; mais ensuite, réunissant en un seul corps les premiers et les nou-

1. Htint. 221. «Rex maximus, cujus ad justitiam omnes fere principes invitantur excmplo; cujus in paupercs muniflcentiam, libcralitatein in omnes, concti reges mirari possunt potins quam velint aut valeant imitari. » Bouquet, aiv, 248.

2. Le lecteur, par la suite , verra ceci pleinement de u ont ré par les commissions données aux justiciers.

veaux venus, il leur assigna pour résidence la ville de Havcrfordwest, avec le district de Ross, dans le Pembrokeslnre [1109]. C'étaient des hommes guerriers et laborieux ; le soin qu'ils mirent à cultiver la terre et à fabriquer la toile accrut leur nombre et leurs richesses; et, sous la protection des rois anglais, à qui ils restèrent toujours fidèles, ils déjouèrent toutes les tentatives des princes gallois pour les extirper du pays *.

Henri était naturellement soupçonneux, et cette disposition avait été grandement encouragée par sa connaissance des tentatives clandestines de ses ennemis. Une fois son trésorier fut convaincu d'avoir voulu attenter à sa vie; une autre fois, comme il marchait au milieu de son armée vers le pays de Galles, une flèche lancée par une main inconnue le frappa à la poitrine , mais fut repoussée par la trempe de sa cuirasse». Alarmé de cet incident, il se tenait toujours sur ses gardes, changeant souvent d appartement, et, lorsqu'il allait prendre du repos, on avait ordre de poser des sentinelles à sa porte et de mettre son épée et son bouclier près de son chevet5.

Les gens soupçonneux sont en général dissimulés et vindicatifs. Henri oubliait rarement une injure, quoiqu'il déguisât son ressentiment sous le masque de l'amitié. Il employait la fraude, la trahison et la violence pour faire tomber dans le piège ceux qui l'avaient gravement offensé; et leur partage ordinaire était la mort, la cécité ou l'emprisonnement perpétuel 4. Après son décès on découvrit que son cousin, le comte de Moretoil, qu'il détenait de-

1. Malm. 68, 89. Gerv. 1349. Bromp. 1003. Cirai. Ilin. Camb. 848. Henri était entré deux fois avec une armée dans le pays de Galles, et, toutes deux, sa présence avait suffi pour dompter toute opposition [Chion. sax. 217, 223. Sim. 245}. Il poussa l'exercice de sa souveraineté plus loin qu'aucun de ses prédécesseurs, nommant aux évêchés gallois, et forçant les nouveaux prélats à recevoir la consécration des archevêques de Canterbury. Les évêques de Saint-David , qui avaient long-temps exercé la juridiction métropolitaine sur la plus grande partie du pays de Galles , ne se soumirent pas sans beaucoup de résistance. Parfois , dans des appels au pape, ils réclamèrent leurs anciens droits; mais ils durent toujours plier sous le pouvoir supérieur de leurs adversaires. On a dit que Henri avait soumis l'église galloise à l'Eglise romaine ; mais, dans leurs plaidoyers, les évêques gallois se plaignent de ce que le roi a soumis leur église $ celle de Canterbury, tandis que auparavant elle n'avait jamais été soumise qu'à celle de Rome: uUsqtie ad regem Henricum, qui ecclesiam Walensicam ccclesia* Anglicœ supposuit.totammntropoliticam dignitatem, prœter usum pallii, ecclesia Mcnevensis obtinuit ; nulli ccclcsioï prnrsus , nisi Romanœ tantum , et m 1 1 i immédiate, sicut nec Sotica , subjectionem debens. » Giral. De Jure Mencv. eccl. 541.

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