‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 373 sur 643 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

puis long-temps, avait aussi été privé de la vue'. Luc do Barré, poète qui avait combattu contre lui, fut fait prisonnier à la fin de la dernière guerre et condamné par le roi à perdre les yeux. Charles-le-Bon, comte de Flandre, était présent, et réclama contre une si atroce punition. Ce n'était pas, représenta-t-il, la coutume des nations civilisées d'infliger un châtiment corporel aux chevaliers qui avaient tiré l'épëe au service de leur seigneur. « Ce n'est pas, » répliqua Henri, « la première fois qu'il a porté les armes contre moi. Mais, qui pis est, il m'a pris pour sujet de satire, et dans ses poèmes il m'a exposé à la risée de mes ennemis. Que son exemple apprenne aux autres faiseurs de vers ce qu'ils doivent attendre s'ils offensent le roi d'Angleterre. » Le cruel arrêt fut exécuté, et le troubadour, dans l'excès de ses souffrances, s'arrachant des mains des officiers, se brisa la tète contre la muraille *.

Sa dissimulation était si bien connue que ses favoris eux-mêmes se méfiaient de lui. Quand Bloet, évôque de Lincoln, qui avait été pendant plusieurs années un de ses principaux justiciers, apprit que le roi avait parlé de lui dans les termes de la plus haute estime : « Alors, » répliqua-t-il, « je suis perdu ; car je ne l'ai jamais vu faire l'éloge d'un homme dont il ne médiUlt pas la ruine. » L'événement justifia ses appréhensions. Dans un moment d'oubli le prélat s'était vanté que le monastère qu'il faisait bâtir à Eynsham ^égalerait celui que Henri avait fondé à Reading. Ces paroles furent rapportées au roi, et la chute du favori fut consommée. Il fut à l'instant privé de la charge de justicier; on commença contre lui des poursuites vexatoires ; au moyen d'amendes et d'extorsions , toutes ses richesses furent absorbées par l'échiquier royal, et l'évèque aurait été probablement forcé de se démettre de sa dignité, s'il ne fut mort d'un coup d'apoplexie foudroyante comme il parlait à Henri 3 [10 janvier 41231.

Malmsbury accorde au roi e mérite de la tempérance et de la continence*. Ses droits, peut-être à la première, et certainement à la seconde de ces vertus, n'ont pas d'autre fondement que la partialité de son panégyriste. Si , comme plusieurs écrivains l'affirment, il mourut pour avoir trop mangé d'un plat de lamproies, il est permis de douter de sa tempérance; et on ne peut guère louer la continence d'un homme connu pour avoir eu plusieurs maîtresses, et qui n'eut pas moins de sept fils et de huit filles illé-

Page 1