Gervase
ÇHAPITRE ONZIÈME. 399
devant un petit nombre d'amis. Il jura de ne pas retenir dans ses mains les évôc-hés et abbayes qui vaqueraient, de rendre au clergé et aux laïques leurs forets respectives; d'accorder à tout individu la liberté de chasser sur ses propres terres ; de renoncer à la taxe annuelle de deux shillings par hide, dont il a été souvent fait mention sous le nom dedane-gelt; de rétablir les anciennes lois, et de remettre en vigueur les anciennes amendes dans les plaids et jugements; et de permettre à ses barons de bâtir sur leurs domaines les châteaux qui seraient nécessaires à leur sûreté'. Dans une assemblée subséquente, il produisit une lettre du pape Inno-r cent Iï, confirmant son avènement au trône *, et il accorda de nouvelles libertés à l'église. Les prélats, en retour, renouvelèrent leur serment d'allégeance, mais avec la clause conditionnelle, déjà adoptée par quelques-uns des barons laïques , qu'ils lui seraient fidèles aussi long-temps qu'il le serait lui-même à ses engage^ monts s.
Il est temps de ramener l'attention du lecteur sur la fille de Henri. Ne soupçonnant pas les projets de son cousin, elle entra en Normandie dans la première semaine de décembre, et fut reçue p Domfront et dans les villes voisines. Son mari la suivait -avec un Corps nombreux d'Angevins ; mais leurs excès, qu'il ne voulait ou ne pouvait réprimer, réveillèrent l'animosité qui avait autrefois divisé les deux nations , et avant la fin du mois il fut repoussé honteusement sur son propre territoire. Les barons normands s'assemblèrent et se préparaient à offrir le duché à Théobald; mais un message d'Étienne les engagea à modifier leur résolution, et à conserver sur l'ancien pied l'alliance qui existait eptro les deu* pays 4.
Dans la. Grande-Bretagne , David , roi d'£cossc , fut le premier
1. Hnnt. 221. Bromp. 1024. Malm. 101. Dans aa charte il ne dit rien de la remise du dane-gelt ni de la permission de bâtir des châteaux. Stat.of Realm. I, 3.
2. Joan. Hagul. 259. Ce document lui-même a été conservé par Richard de Hexham. Il établit que des lettres avaient été envoyées nu pontife par les évéques , le roi de France et Théobald de Blois pour l'informer que, dans le but de mettre fin aux troubles causés par la mort de Henri , Etienne avait été choisi pour roi par le vœu commun et l'assentiment unanime des barons et du peuple. Il n'est pas fait mention de Mathilde ni des serments qu'on lui avait prêtés ; et les termes n'impliquent aucune prétention de supériorité temporelle de la part d'Innocent. » Quod de te factum est gratum habentes , te in spéciale m beati Pétri et sa net te Roman» Ecclesia» filium affectione paterna recipimus. et in eadem honoris et familiaritatis prwrogativa, qua prœdecessor tuus à nobis coronabatur, te propensius volumus retinerc. » Rie. Hagul. 314.
3. Ibid. Malm. 101. Je ne suis pas sûr qu'il y eût rien de très- extraordinaire dans cette allégeance conditionnelle ; du moins de telles clauses étaient en usage chez les Anglo-Saxons. Leg. sax. 401.