CHAPITRE ONZIÈME
cause d'Êtienne, tantôt celle de Mathilde, ils" contribuaient à prolonger les souffrances de ce malheureux pays.
En Angleterre , un semblable esprit de violence et d'insubordination régnait depuis peu. Sous les règnes précédents peu de nobles avaient eu la permission de fortifier leurs châteaux. C'était un privilège accordé d'une main avare et seulement aux favoris du roi. Mais depuis l'avènement d'Êtienne tout petit chef érigea sa forteresse , assembla un corps militaire de vassaux , et, confiant dans ses propres forces, provoqua ses voisins ou défia l'exécution des lois. Réprimer ces tyrannies locales était une tâche assez difficile et toujours à recommencer. Il fut nécessaire de lever des armées, de cerner chaque forteresse, et de conduire le siège dans toutes les formes. La patience de tout autre eût été bientôt épuisée ; mais Étienne, à l'heure de la victoire , ne manqua jamais d'écouter la prière des vaincus *, jusqu'à ce qu'il eût vu que son indulgence multipliait le nombre des coupables et encourageait leur obstination; et dans un moment de repentir ou de ressentiment, il fit pendre Aroulf de Hesdin et ses quatre-vingt-treize compagnons *. Nos anciens chroniqueurs racontent avec prolixité les détails de ces petites guerres : le lecteur d'aujourd'hui remarquera avec plus d'intérêt deux événements qui furent plus importants dans leurs conséquences, et qui caractérisent hautement les mœurs du temps.
I. La bataille de « l'Étendard » fut long-temps un sujet de triomphe pour les habitants des comtés du nord. [1 138.J Le roi d'Écosse avait repris les hostilités, poussé, dit-on, soit par les lettres de Mathilde qui lui rappelait ses premiers engagements envers elle, soit par le ressentiment de la conduite d'Êtienne qui lui avait promis, puis refusé, le comté de Northumberland. Dans les six premiers mois de l'année 4 1 38 il passa d mx fois la frontière, et deux fois se retira au bruit réel ou faux de l'approche du roi d'Angleterre. Au mois d'août il s'avança une troisième fois et pénétra dans rYorkshire. Dans toutes ces expéditions, les Écossais firent la guerre avec une férocité de sauvages ; et les écrivains du nord déplorent, avec des larmes de douleur et de ressentiment, la profanation des églises, l'incendie des villages et des monastères , et le massacre des enfants, des vieillards et des gens sans défense. On dit que quelques femmes seulement, distinguées par leur naissance ou leur beauté,
1. « Erat enim mitissimus hominum super terram... ad ignoscendum promptissimus. » Regin. Dun. p. 127, publié par la Surte.es society.— Cet écrivain et deux autres contemporains , dans Palgrave ( il , xxxi , lu I , rappellent « pis&imus rex Stephanus ; » ce qui semble être sa dénomination habituelle.