Orderic
furent épargnées par le caprice de ces barbares; et que, dépouillées de leurs vêtements, attachées ensemble avec des courroies, elles furent conduites, à la pointe de la lance, jusqu'en Écosse, où, après avoir souffert toute espèce d'indignités, elles furent retenues comme esclaves de leurs vainqueurs, ou troquées contre du bétail avec les chefs voisins *. Dans le désespoir commun, Thurstan , le vieil archevêque d'York , déploya dans un corps décrépit l'énergie d'un jeune guerrier. Il assembla les barons du nord, les exhorta a combattre pour leurs familles, leur pays et leur Dieu ; leur garantit la victoire, et promit Ie*cicl à ceux qui succomberaient pour une cause aussi sacrée. A l'époque indiquée, ils se rendirent à York avec leurs vassaux, et furent rejoints par les curés suiviis des plus braves de leurs paroissiens : ils passèrent trois jours en jeune et en prières; le quatrième, Thurstan leur fit jurer de ne jamais s'abandonner les uns les autres et les renvoya avec sa bénédiction. A deux milles au delà de Northallerton , ils reçurent avis de l'approche des Écossais, et l'étendard qui donna son nom à la bataille fut érigé à la hâte : c'était un mât de vaisseau fortement attaché à la caisse d'un chariot. [22 août.] Au centre de la croix qui s'élevait au sommet était une boîte en argent qui contenait le Saint-Sacrement, et au-dessous flottaient les bannières des trois saints patrons, Pierre, Wilfrid et Jean de Beverley. Du pied de cet étendard , Walter Espec , guerrier expérimenté, harangua ses compagnons ; et, à la fin de son discours, donnant la main à Guillaume d'Albemarle, il s'écria d'une voix forte : « Je t'engage ma foi de vaincre ou de mourir. » Ses paroles enflammèrent ses auditeurs d'un égal enthousiasme, et tous les chefs répétèrent son serinent , «pleins de confiance dans le succès. Mais les Écossais approchaient : le signal fut donné; les Anglais se mirent à genoux ; et l'évoque des Orcadcs , qui représentait Thqrstan , prononça la prière d'absolution du haut du chariot. Ils répondidirent a Amen » avec acclamation, et se levèrent pour recevoir le choc de l'ennemi.
Dans l'armée écossaise, l'honneur de commencer l'action fut disputé par les habitants de Galloway, descendants des anciens Pietés , et par les hommes d'armes , dont la plupart étaient des exilés anglais ou normands. Le roi penchait à se prononcer en faveur de ces derniers, quand Malise, comte de Strathern, s'écria : <t Pourquoi tant de confiance dans ces Français? Je ne porte point d'armure ; mais il n'est pas un d'entre eux qui pourra aujourd'hui
1. Cette fois la palme de la barbarie fut donnée aux Pietés, c'est-à-dire aux horçimes de Galloway : « Picti , qui vulgo Galleweienses vocantur. « Rie. Hagul. 316.