CHAPITRE ONZIÈME
aller du même pas que moi. » « Vous vous vantez, comte, » repartit Alain de Percy, « de ce que vous êtes incapable d'accomplir. » David , néanmoins , pour contenter ses sujets, assigna la place d'honneur aux gens de Galloway. La seconde division était composée des archers et des habitants du Tiviptdajc et du Cumberland , sous le commandement du prince Henri, qui avait pour garde un détachement d'hommes d'armes conduit par Eusturhc Fitz-John. Les habitants du Lothian et des îles formaient lu t roisième ligne, derrière laquelle était David lui-même , avec une garde de chevaliers , les Écossais et les hommes de Moray, comme corps de réserve . Dans cette disposition , et favorisés par un brouillard, ils s'étaient avancés vers les Anglais, qui eussent été surpris avant d'avoir pu se ranger en bataille sans l'adresse de Robert de Bruce et de Bernard fie Baliol, deux barons qui possédaient des terres en Angleterre et en Écosse. Ils se rendirent auprès de David, l'exhortèrent à la paix, et lui offrirent |e comté de Northumberland ppur prix de sa retraite. Il refusa la proposition , et eux , le renonçant pour leur seigneqr, lui portèrent défi. A leur retour, ils furent suivis de près par les jfccossajs , qui, poussant trois cris , à la ipanière de leur nation , se précipitèrent sur les Anglais. L,es premiers rangs, incapables de soutenir le choc, se retirèrent lentement vers l'étendard , et les deux flancs furent entourés et mis en désordre par )a multitude des ennemis ; mais le centre formait une phalange impénétrable qu'aucune attaque ne pouvait entamer. Ce fut en vain que les assaillants voulurent, avec leurs épées, se faire jour à travers cette forjH de lances. Leur courage ne servit qu'à les exposer aux traits mortels des archers; et au bout de deux heures, découragés par leurs pertes , ils chancelèrent, rompirent les rangs et s'enfuirent. Le roi seul, environné de ses gardes , tint tète , en se retirant , à ceux qui le poursuivaient ; le reste se dispersa dans toutes les directions *. Le prince Henri , qui avait pénétré jusqu'à l'arrière-garde de l'armée ennemie, voyant que le dragon, bannière de David, abandonnait le champ de bataille, jeta les insignes de sa dignité, et, feignant d'être un chevalier anglais, prit part à la poursuite jusqu'à ce qu'il trouvât l'occasion de se cacher dans les bois. Trois jours après son père, il atteignit Carlisle, où David étajt, occupé à rassembler los débris de son armée. De vingt-sept mille hommes, près de la moitié avait péri dans la bataille ou dans la fuite 2.
1 . Serlo décrit la fuite des hommes de Galloway dans les vers élégants qui suivent :
Truces qunque Gawedenses tremebundi fugiunt ,
Et quas prius extulerunt , caudis nates comprimunt. ( Serlo, p. 331 .1
2. Comparez Richard de Hexliam ( De Gest. Sleph. 315) avec Ailred de Bicval
[1139.] David était encore en étal de continuer la guerre, et il envoya un corps de troupes assiéger le château de Wark dans le Northumberland. A Carlisle il reçut la visite du cardinal Albéric, venu en Angleterre comme légat du pape. Ce vertueux moine avait passé par les lieux qui avaient été le théâtre des déprédations écossaises, et il était si affecté des horreurs dont il venait d'être témoin, qu'il conjura le roi , à genoux , do consentir à la paix. David fut inexorable ; mais, par égard pour le solliciteur, il accorda une trêve de deux mois, promit que toutes les femmes qui avaient été réduites en esclavage dans l'Écosso seraient conduites à Carlisle . et libérées à la Saint-Martin; et donna sa parole que, dans les guerres futures , les églises seraient respectées , et que sa protection s'étendrait aux faibles et à ceux qui ne résisteraient point. La paix , néanmoins, fut conclue au commencement de l'année suivante. Le prince Henri obtint le comté de Northumberland , à l'exception de Newcastle et de Bamborough ; et cinq seigneurs, fils de comtes, furent remis en otage à Étienne comme garantie de la conduite pacifique du monarque écossais 4.
II. Tandis que les comtés du nord subissaient ainsi les horreurs d'une guerre de barbares , Étienne avait été retenu dans le sud pour réprimer les mauvais desseins de ses barons. Des laïques , il tourna ses armes contre le clergé. Roger, évèque de Sarum, quoiqu'il ne fût plus premier ministre de la couronne, possédait encore une influence considérable sur la nation. Ses châteaux élaient bien fortifiés et abondamment pourvus de munitions de guerre : un cortège nombreux de chevaliers l'accompagnait partout où il allait; ses deux neveux , Alexandre, évèque de Lincoln , et Nigel, évèque d'Ely, imitaient la pompe séculière et l'étalage militaire de leur oncle. En apparence, rien ne pouvait surpasser le dévouement obséquieux des trois prélats pour le roi; mais il les soupçonnait de cacher sous ce masque un secret attachement à sa rivale Mathilde. Ses favoris, ennemis de Roger, observaient et entretenaient sa méfiance : ils remarquèrent que son esprit s'irritait des bruits répétés d'une prochaine invasion, et ils lui persuadèrent que la ruine de l'évèque de Sarum était nécessaire à sa propre sûreté. Au mois de juin il se tint à Oxford une assemblée de prélats et de barons; et , par suite d'un plan concerté à l'avance, une querelle s'éleva entre les hommes de la suite de Roger et les serviteurs de deux seigneurs
( De bello Standardi, 338). Serlo (p. 331) dit que c'est du nombre des sacs remplis de butin que les Ecossais jetèrent dans leur fuite que l'endroit prit le nom de Bagmoor.
\. Rie. Hagul, 330