‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 388 sur 643 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

étrangers, Alain de Bretagne et Hervey de Léon. Le lendemain, les évèques de Sarum et de Lincoln furent arrêtés; le premier dans la chambre d'Étienne , le second dans son propre logement. Ils furent enfermés dans des cachots séparés, accusés d'avoir violé la paix du roi dans sa cour, et prévenus qu'il n'accepterait pas d'eux d'autre réparation que l'abandon de leurs châteaux. Sur l'avis de leurs amis , ils livrèrent Newark, Salisbury, Sherburn et Malmsbury. Devizes restait aux mains de l'évèque d'Ely, qui , lors de l'arrestation de son oncle , avait échappé aux poursuites, et qui , se fiant à la force de cette place , défiait la puissance de son souverain. Le troisième jour Roger fut conduit devant la porte, pale et amaigri. Il conjura son neveu de lui sauver la vie en se soumettant; car le roi avait juré que l'évèque ne recevrait aucune nourriture jusqu'à ce que le château lui eût été remis. Nigel y consentit à regret, et Étienne prit possession de Devizes.

Les membres du clergé recurent avec surprise et consternation la nouvelle de cette violence. Étienne leur devait son avènement au trône /et ils contribuaient encore à l'y maintenir; cependant il venait de se montrer l'ennemi de leur ordre ; il avait illégalement usurpé la propriété de l'église ; il avait porté des mains impies sur des prélats dont la personne jusqu'ici était regardée comme sacrée. Son frère Henri, qu'Innocent II avait investi récemment de l'autorité de légat du pape, soit qu'il crût de son devoir de défendre les privilèges du clergé , soit qu'il prévit les maux qui résulteraient de de la désaffection d'un corps si puissant, conjura le roi à plusieurs reprises , en public et en particulier , d'offrir satisfaction aux prélats outragés. Étienne fut inexorable, et le légat le somma de justifier sa conduite dans un synode d'évôques ».

Dans cette assemblée, Alberic de Vere, comme conseil du roi , reprocha à Roger et à son neveu leur attachement pour Mathilde , les accusa d'avoir excité une émeute à Oxford, et soutint qu'ils avaient volontairement fait l'abandon de leurs châteaux en compensation de cette faute. Le légat répondit que les trois évèques voulaient bien être soumis à un jugement, mais qu'ils demandaient au préalable leur réintégration dans leur propriété. Or, la demande ne pouvait convenablement se refuser. C'était l'usage uniforme de toutes les cours de justice, quand un individu avait été dépouillé de sa propriété de vive force , d'en ordonner la restitution avant

1. Je dois remarquer ici que le titre de « majesté, » qu'à présent on ne donne qu'aux rois, était à cette époque donné sans distinction aux personnes revêtues de quelque autorité. Ainsi, dans une lettre de l'abbé de Westminster à ce prélat, nous lisons : u Egregiœ mnjestatis vestrte prœconia. » New Rym. i, 16. — Dans la page suivante, le même titre est donné par Etienne au pnpe Innocent II.

do rappeler à plaider. Cette observation parait avoir déconcerté Albéric , qui demanda du temps pour préparer sa réponse.

Le lendemain matin, il vint accompagné de l'archevêque de Jloucn. Ce prélat dit qu'il ne contestait pas que la loi fût telle que l'avait présentée le légat; mais il soutint qu'elle ne s'appliquait point au cas présent. Les évèqucs étaient obligés de vivre conformément aux canons , qui leur défendaient toute espèce d'occupations militaires; d'où il suivait que les trois prélats ne pouvaient réclamer la restitution de forteresses qu'il était illégal à eux de posséder. S'ils les avaient conservées précédemment, ils le devaient à la tolérance du roi : tolérance qu'il pouvait raisonnablement révoquer dès l'instant où il croyait sa couronne en danger. Là^ dessus, Albéric en appela au pape au nom d'Étienne, et défendit au concile de continuer la procédure, sous peine du déplaisir royal, A ces mots les chevaliers qui l'avaient suivi tirèrent leurs épées, et le légat leva l'assemblée. Il ht pourtant un dernier effort; et, accompagné de Théobald ,1e nouvel archevêque de Canterbury, [\ se jeta aux pieds de son frère. Étienne resta inflexible; mais il eut bientôt lieu de se repentir de son obstination K

Le synode fut dissous le premier septembre : le dernier du même mois , Mathilde débarqua sur la côte do Suffolk. Avec une petite troupe de cent quarante chevaliers, elle entreprenait de conquérir le trône de son père. Mais la témérité do cette tentative était jus-» tifiée par les promesses de ses partisans et par la querelle d'É^ tienne avec le clergé. Son frère Robert, l'âme de l'entreprise, la quitta avec douze compagnons , pour rejoindre les amis qu'il avait dans l'ouest, et par des routes non fréquentées il échappa à la poursuite et à la vigilance des ennemis. Mathilde elle-même, sur l'invitation de la reine douairière Alice , se retira dans le fort château d'Arundel. Étienne parut bientôt au pied des murs : les princesses s'alarmèrent ; la reine allégua pour excuse le devoir de l'hospitalité; l'impératrice sollicita la permission de suivre son frère ; et telle fut la faiblesse ou la folie du roi , qu'à l'étonnement de ses amis et de ses ennemis, il accepta l'excuse de l'une et accorda la requête de l'autre. S'il faut en croire Malmsbury , cette mesure si préjudiciable aux intérêts du roi ne fut qu'un acte de courtoisie, qu'aucun chevalier ne pouvait refuser à son en-

1 . Voyez l'histoire de cet événement, rapportée, avec quelque différence dans les détails, par Malmsbury, qui assistait au concile {Novet. 102-1041, et uardeux autres contemporains , Ordcric (p. 919) et l'auteur des Gesta Slepham (944, 945). Boger mourut de chagrin , le 11 décembre. Pour sauver le reste de ses trésors de la rapacité du roi , il les donna à son église et les plaça sur l'autel. Ils furent enlevés par ordre d Etienne, même avant la mort de l'evéque. Malm. 104.

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