CHAPITRE ONZIÈME
nemi *. Si nous écoutons le panégyriste d'Étienne, ce fut le résultat d'une fausse politique qui lui persuada que la guerre serait facile â terminer si on la reléguait dans un coin de nie. Il donne même à entendre que la faute vint des perfides conseils de l'évéque de Winchester *. 11 est certain, en effet, que Henri avait depuis peu des motifs d'être mécontent de son frère : le bruit courait que celui-ci , au lieu d'arrêter le comte Robert dans sa fuite, avait été jusqu'à se ménager une entrevue avec ce seigneur, et s'était engagé à servir les intérêts de Mathilde. C'est à lui que l'impératrice fut confiée pendant son voyage d'Arundel à Bristol , quartier-général de son frère.
L'Angleterre fut alors en butte à toutes les horreurs de la guerre civile. Les garnisons des forteresses royales soutinrent la cause d'Étienne : l'étendard de Mathilde fut déployé à Gloucester et à Bristol, à Canterbury et à Douvres, places que Robert tenait du feu roi son père. Chacun des compétiteurs avait de nombreux partisans ; mais la plupart des barons, enfermés dans leurs châteaux, ou affectaient d'observer une stricte neutralité, ou, sous le masque d'une prétendue soumission, se maintenaient dans une réelle indépendance 5. Le cours de la justice était suspendu ; les personnes sans défense étaient alternativement pillées par les partis opposés; les chefs rivaux se faisaient la guerre; et pour être en sûreté il fallait iivoir les moyens de repousser la force ouverte , et la vigilance dé déjouer les attaques secrètes de ses ennemis. Enfin, dans une heure fatale , Éticnnc se laissa persuader d'assiéger le château de Lincoln, qui avait été surpris par Ranulf, comte de Chester,