CHAPITRE ONZIÈME
mier soin de la politique de l'impératrice fut de l'attirer dans son parti, et, après plusieurs messages, il consentit à avoir avec elle une entrevue dans les plaines ouvertes qui avoisinent Winchester. Ce fut le 2 mars, par un jour sombre et orageux, dit un historien, comme si les éléments présageaient les calamités qui survinrent. Mathilde jura (et son frère et ses barons s'engagèrent sur leur parole à l'exécution de son serment) que si l'évêque et l'Église la reconnaissaient pour « lady » d'Angleterre , elle accorderait au prélat la première place dans ses conseils, et qu'elle lui confierait la disposition des abbayes et des évéchés vacants. A son tour, il jura qu'il lui garderait fidèle allégeance comme à sa souveraine tant qu'elle remplirait les engagements qu'elle avait pris avec lui. Le lendemain, accompagné de plusieurs évèques et de moines, du clergé et des citoyens de Winchester, il la conduisit processionnel lement à la cathédrale , et, montant les degrés de l'autel , il bénit solennellement tous ceux qui la béniraient et lui obéiraient, et maudit tous ceux qui la maudiraient et lui résisteraient. Pou de jours après, son exemple fut imité par l'archevêque de Canterbury et d'autres prélats, mais pas avant d'avoir obtenu du roi caplif la décharge de la première allégeance l.
Dans le traité conclu entre Mathilde et Henri, il avait été stipulé que l'Église ratifierait l'avènement de celle-ci à l'autorité souveraine. En conséquence on convoqua un synode au commencement du mois d'avril (1141), et les membres furent divisés en trois classes : les évèques , les abbés et les archidiacres , et avec chacune d'elles le légat conféra séparément et en particulier. Le lendemain, il leur adressa publiquement un discours d'une grande habileté. Il opposa le règne turbulent d'Étienne à la tranquillité dont l'Angleterre avait joui sous le gouvernement de Henri. Si ce prince eût laissé un héritier mâle, ils eussent pu encore être heureux; mais la fortune l'avait privé de son fils, et ils avaient juré fidélité à sa fille comme à leur future souveraine. Elle s'était trouvée absente au moment où il était mort; l'Angleterre était aussitôt tombée dans la confusion , et la nécessité de pourvoir à la paix publique les avait forcés de placer la couronne sur le front d'Étienne. Mais cet infortuné monarque (c'était avec honte et regret qu'il parlait durement d'un frère) avait trompé toutes leurs espérances , violé toutes ses promesses , négligé l'exécution des lois , envahi la propriété et enfreint les libertés de l'Église, et, par son indolence et sa violence , s'était montré indigne de sa position. Dieu l'avait enfin condamné en le faisant tomber aux mains de