‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 393 sur 643 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

la résistance lui avait imposé. Elle avait été reçue à Londres et avait donné des ordres pour son couronnement; mais, dans l'intervalle, elle s'aliéna l'affection de ses amis par son arrogance , et enflamma l'aversion de ses ennemis par des amendes et des poursuites judiciaires. À la femme d'Éticnne, qui sollicitait la délivrance du roi son mari, el!e répondit par des insultes personnelles; et quand le légat demanda que , sur la résignation solennelle de la couronne par son frère , les comtés de Boulogne et de Morctoil fussent conférés à son neveu Eustache, il essuya un refus des plus méprisants. Elle n'essaya pas non plus de se concilier les esprits flottants des habitants de Londres. Elle leur imposa une lourde taxe, en punition de leur ancien attachement à Étienne , et rejeta avec dédain leur pétition pour le rétablissement des privilèges dont ils avaient joui sous Édouard-le-Confesscur. La femme du monarque captif résolut de profiter de l'imprudence de sa rivale. Un corps de cavalerie, sous sa bannière, parut au sud de la ville ; à l'instant les cloches sonnèrent l'alarme, la population courut aux armes, et l'impératrice eût été prisonnière si elle ne se fut hâtée de se lever de table, n'eût monté à cheval et cherché son salut dans une fuite précipitée. Ses plus fidèles amis raccompagnèrent à Oxford; les autres se dispersèrent dans leurs châteaux respectifs ».

Dans ce revers de fortune, Mathilde commença à suspecter la sincérité du légat; et ses soupçons furent confirmés par la nouvelle d'une entrevue secrète entre lui et sa belle-sœur dans la ville de Guilford. Elle lui envoya l'ordre formel de se rendre à la cour. Il rendit la réponse ambiguë qu'il « s'y préparait. » Elle résolut de le surprendre à Winchester. Comme elle entrait par une porte , il sortit par une autre. Trompée dans ces tentatives, elle appela A son aide son frère Robert, comte de Gloucester ; son oncle David, roi d'Écosse; Milon, comte de Hereford 2, et Hanulf, comte de Chester; et, du château qu'elle occupait, elle assiégea vigoureusement le palais épiscopal et une forteresse que révoque avait érigée

1. Contin. Flor. 677. Gcsta Steph. 954. Malm. 106. D'après ces écrivains , il

{>oraît que les plus puissants prélats et barons avaient coutume de fléchir le genou orsqu'ils sollicitaient quelque faveur de leur souverain.

2. Milon avait été shériff de Gloucester sous le comte Robert, et avait jusque-là défrayé à ses propres dépens la maison de l'impératrice \Conlin. tt'ig. 6771. Peu de iours après qu'elle fut arrivée à Winchester, elle le créa comte de Hereford. D'après cette patente, la plus ancienne qui existe, le lecteur peut se

aire une idée des avantages qui étaient attachés à la dignité de comte. Avec ce itre , Milon obtint le château et fossé de Hereford, les services de trois chevaliers ou barons et des hommes à leur solde, trois manoirs du domaine royal, une forêt, et un droit au troisième sou des rentes de la ville , et le troisième sou des sommes provenant des cam>es jugées dans les cours du comté , pour les tenir en fier, lui et ses hoirs, de Mathilde et de ses hoirs à elle. La patente est datée du 25 juillet 1141. Rymer, î, 19

au milieu de la ville. Henri vola au secours de ses amis; et, comme il reçut de prompts renforts de la reine et des habitants de Londres, les assiégeants ne tardèrent pas à être eux-mêmes assiégés. Pendant sept semaines , chaque jour fut signalé par quelque tentative audacieuse ou quelque brillant exploit [2 août]. Les deux partis pillèrent la ville et y mirent le feu , et le lecteur pourra juger de l'étendue de l'incendie quand il saura que quarante églises et deux abbayes furent consumées >. Cependant le nombre des royalistes augmentait; leurs détachements occupaient toutes les routes, et les adhérents de Mathilde commençaient à éprouver les atteintes de la famine. Dans cette situation, sans aucune probabilité de victoire s'ils combattaient , ils n'avaient pas d'autre alternative que la fuite, et ils choisirent pour leur tentative un dimanche , jour où l'ennemi , occupé des devoirs de la religion , de vait se relâcher de sa vigilance [14 sept.]. Le matin , de bonne heure, Mathilde, avec une forte escorte, quitta le château; son frère Robert la suivit à distance avec un certain nombre de chevaliers, qui s'étaient engagés à risquer leur vie et leur liberté pour sa sûreté *. A Stourbridge ils plièrent sous le choc de ceux qui les poursuivaient, et tout le détachement fut tué ou pris. Mathilde elle-même , accompagnée de son fidèle Brian Fitz-Count, parvint à Luggershal, d'où, après avoir pris quelques rafraîchissements, elle hàHa sa fuite vers le chûteau de Devizes. Le roi d'Écosse fut pris trois fois , et trois fois il se dégagea des mains de ses ennemis. Milon, seul et presque nu, atteignit le château de Gloucester; les autres, ou tombèrent au pouvoir des vainqueurs, ou, à pied et déguisés en paysans, regagnèrent, après mainte aventure, leurs demeures respectives 3.

Il faut dire , à la louange de la reine , qu'elle traita le comte de Gloucester, prisonnier, avec plus do générosité que n'en pouvait espérer l'homme qui tenait encore son mari dans les fers. Il jouit au chûteau de Rochester de toutes les douceurs compatibles avec

1 Le continuateur de Florence, qui était ami de Milon, et son copiste Gervase, attribuent l'incendie au ressentiment de Henri {Cent in. TVig. 677. Gcrv. 1356) ; mais comme il n'était pas dans la ville, je préfère la version des autres écrivains contemporains qui nous disent que «• l'incendie provint des tentatives de la garnison pour chasser l'enne:v.i des maisons voisines du palais de 1 evêque. » Gtsla Slepk. 956. Malin. 107. Il faut se rappeler que les maisons des bourgeois étaient en bois.

2. Ici je préfère encore les récits de Malmsbury et de l'auteur des Gtsla Sleph. ibid.

3. Gesla Slrph 956. Malin. 108. Conlin. Wig. 677. Ce dernier dit que , ne se trouvant pas en sûreté à Devizes , Mathilde fut placée sur une bière comme un cadavre, et portée sur un char funèbre de ce château à Gloucester. Si cette histoir* était vraie , elle aurait certainement été connue et citée des autres écrivains do. temps.

Page 1