CHAPITRE ONZIÈME
la garde de sa personne ; et, après quelques négociations, on convint de l'échanger pour le roi i [1er nov.]. Cette révolution remit les deux partis dans la situation relative où ils étaient avant la bataille de Lincoln; seulement le légat, qui s'était alternativement déclaré pour tous deux, se trouva dans une position des plus fausses. Dans un synode du clergé qui s'assembla à Westminster |7 déc], on s'attendait qu'il essaierait de justifier sa conduite. A l'ouverture, on lut une lettre, réelle ou supposée, du pape, qui lui ordonnait de faire tous ses efforts pour délivrer son frère. Étienne, qui était présent, prit alors la parole et se plaignit des outrages qu'il avait reçus d'hommes qui étaient ses vassaux , et à qui il n avait jamais refusé justice. Le légat enfin se leva. Il avoua qu'il avait soutenu la cause de Mathilde, mais il allégua qu'il y avait été entraîné par la nécessité et non attiré par l'affection ; au surplus , elle avait violé toutes les promesses qu'il avait exigées d'elle ; et même elle avait acquiescé à un complot qui avait pour but de le priver de la liberté et de la vie; mais Dieu l'avait punie de sa perfidie et venait de rétablir le roi sur le trône. 11 exhortait donc le clergé à résister à Mathilde et à excommunier ses adhérents. Dans le cours de cette allocution , il fut interrompu par un des amis de l'impératrice, qui l'accusa, au nom de cette princesse , d'être la cause de toutes ces calamités. C'était, dit-il , sur l'invitation du lé^at qu'elle était venue en Angleterre, à sa connaissance que l'expédition do Lincoln avait été entreprise , et d'après son avis que le roi avait été chargé de chaînes; et il termina en lui défendant, au nom de la fidélité qu'il avait jurée à Mathilde , de publier aucune décision contre elle. Henri l'écouta avec un calme apparent; son visage ne trahit aucun mouvement de honte, et il ne répondit pas un seul mot de colère à ces invectives. Avant que le synode fût dissous , la sentence d'excommunication fut prononcée contre tous ceux qui élèveraient de nouveaux châteaux, ou usurperaient les droits de l'Église, ou feraient violence aux pauvres et aux gens sans défense 2.
[1142.] Les deux partis étaient prêts à recommencer les hostilités; mais une longue et dangereuse maladie força Étienne de garder la chambre : Robert profita de l'occasion pour passer sur 1 » continent et solliciter l'aide et la présence de Gcoffroi, mari de Mathilde. Ce prince , qui depuis long-temps avait sa femme en aversion, déclina lïnviLUion. Il avait entrepris de réduire la Normandie et refusa de renoncer à son dessein que le succès ne fût