CHAPITRE ONZIÈME
souverain. Tous jurèrent que si l'un des deux princes rompait ses engagements , ils l'abandonneraient et soutiendraient la cause de son rival. 4° Les habitants des différents bourgs et les garnisons des châteaux royaux jurèrent féauté à Henri dans les mêmes termes que les barons du roi. 5° Les officiers à qui Étienne avait confié la Tour de Londres, les fossés de Windsor et d'Oxford , la forteresse de Lincoln, le château de Winchester et le fort de Southampton, donnèrent des otages comme garantie qu'en cas de mort du roi ils les remettraient au duc. 6° Les évèques et les abbés, par ordre d'Étienne, prêtèrent serment de fidélité à Henri, et s'engagèrent à appuyer la due-exécution du traité par les censures ecclésiastiques. Une relation de toute cette transaction fut faite en forme de charte , octroyée par le roi et attestée par les prélats et les barons ».
[1454] Après cette pacification, les deux princes, pour montrer l'harmonie dans laquelle ils vivaient, visitèrent ensemble les villes de Winchester, de Londres et d'Oxford, et furent reçus dans chaque endroit en procession solennelle et avec les plus vives acclamations. À Pâques, ils se séparèrent avec les démonstrations de la plus cordiale amitié. Henri retourna en Normandie, et Etienne, peu de mois après, mourut à Canterbury [25oct.]. Il avait régné dix-neuf ans , et fut enterré auprès des restes de sa femme et de son fils à Faversham, couvent qu'il avait fondé *.
Jamais, depuis l'invasion des Danois, l'Angleterre n'avait présenté un spectacle de misère comme sous le gouvernement de cet infortuné monarque. Les deux compétiteurs, qui dépendaient également du caprice de leurs adhérents, étaient forcés de tolérer des excès qu'il eût été dangereux de punir; et les mercenaires étrangers , que les barons aussi bien que les princes entretenaient à leur service, s'indemnisaient fréquemment du manque de paye en pillant sans distinction amis et ennemis. Le désir de la vengeance se mêlait aussi à la soif du pouvoir ; toutes les fois qu'un parti lui avait porté quelque préjudice, l'autre était impatient d'user de représailles , et ces chevaliers chrétiens se glorifiaient de cruautés qui auraient déshonoré leurs ancêtres païens*. Non contents du pillage, ils avaient souvent recours à l'incendie. Nous avons déjà
1. Ryraer, Fced. i, 25. Par quelque erreur des copistes, le père de Henri est mentionné dans cet acte comme vivant. Ce devait être sa mère, u mater» au lieu de u pater. » Son père Geoflroi était mort à Lisieux, le 7 septembre 1150. Chron. norm. 984. Wilkins (Ug. Sax. 316) a rétabli « mater » [ex Rub. lib. Scac. fol. 164).
2. Hunt. 228. A la dissolution de l'abbaye, sous Henri VIII, on ouvrit la tombe, on fondit le cercueil de plomb, et les os furent jetés dans la mer.