CHAPITRE PREMIER
Cette occasion favorable n'échappa point à la vigilance des Pietés et des Écossais. Le peu de troupes qui restaient dans l'ile ne leur opposa qu'une faible résistance, et ils s'en retournèrent chargés du pillage des provinces. Leurs incursions multipliées décidèrent les Bretons à exposer leur détresse à la cour impériale, probablement par l'entremise du vicaire Chrysante, dont l'administration est citée avec éloge; et Stilicon, maître de la cavalerie et de l'infanterie, expédia à leur secours un corps de troupes qui repoussa les envahisseurs et les refoula sur leurs propres territoires1.
Mais le grand édifice de la puissance romaine était ébranlé dans ses fondements. Des hordes de barbares, sous différents noms, sortant des régions inconnues de l'est et du nord, avaient dépeuplé les plus belles des provinces ; et un torrent de Goths, de Vandales et d'Alains, sous les ordres du célèbre Alaric, s'était précipité du sommet des Alpes Juliennes dans les plaines florissantes de l'Italie. Il devint nécessaire de rappeler les troupes des extrémités de l'empire pour en défendre le cœur ; et les cohortes qui stationnaient le long des murailles de la Bretagne vinrent combattre et triomphèrent, sous le commandement de Stilicon, à la sanglante bataille de Pollentia*. [A. D. 403.] Après la retraite d'Alaric, les forces bretonnes semblent être retournées dans l'île et avoir repoussé les Pietés, qui avaient profité de leur absence pour piller la province voisine. Mais au bout de deux ou trois ans, les nations germaines , fondant sur la Gaule, portèrent la dévastation d'une extrémité à l'autre ; et les légions de la Bretagne, restées sans aucune communication avec l'empereur Honorius, se déterminèrent à sélire un empereur. [A. D. 406.] La pourpre fut conférée à Marcus, un de leurs officiers, qui bientôt perdit la vie dans une sédition des troupes. Leur choix tomba ensuite sur Gratien, natif d'un des municipes bretons, qui au bout de quatre mois éprouva le sort de son prédécesseur. Ce dangereux honneur ne laissait pas que d'être encore un objet d'ambition. Constantin, simple soldat , sans autre titre que son nom, s'offrit à leurs suffrages : il fut proclamé auguste. Il les conduisit à Boulogne, et, avec l'assistance de quelques corps romains dispersés dans le voisinage, il nettoya la province des barbares. Son fils Constant, qui porta, dit-on, l'habit monastique à Winchester, fut nommé césar, et se hâta d'aller prendre possession de l'Espagne. Mais leur prospérité fut de trèscourte durée. Le fils fut mis à mort à Vienne par Géronce, un de
1. Comparez Gildas (c. 12) et Bède (i, 121 avec Claudlen De Laud. Stilic. ir, v. 247.