CHAPITRE DOUZIÈME
accorder quelque chose aux mœurs de l'époque. Le règne précédent avait souvent vu Henri de Winchester à la tète des armées ; Bccket pouvait alléguer que ce qui avait été toléré dans un évôque et un légat était également admissible dans Un diacre et un chancelier.
La modération du roi d'Angleterre fut convenablement payée de retour par Louis. Les deux princes se virent. Leurs prétentions respectives furent réglées à leur satisfaction , et le jeune Henri fit hommage au monarque français pour le duché de Normandie. Cependant au bout d'un mois la guerre se ralluma. La mort de la reine Constance avait laissé Louis veuf sans enfant mâle { et, après un court deuil de deux semaines, de l'avis de son conseil, il épousa Adélaïde, sœur des trois comtes de Blois, de Champagne et de Sancerre, et nièce d'Etienne, le feu roi d'Angleterre. Cette alliance avec une famille si hostile à ses intérêts alarma Henri, qui, ayant obtenu clandestinement une dispense, fit célébrer le mariage de son fils, qui avait atteint sept ans, avec Marguerite, fille de Louis, qui en avait trois. Son but, en prenant cette mesure précipitée, était d'entrer en possession de la dot. Les trois templiers à qui les châteaux de Gisors, de Neufle et de Neufchâtel avaient été confiés étaient présents à la cérémonie, et, conformément à leurs serments, remireut ces forteresses au roi. Louis fut indigné d'une affaire si déshonorante : les hostilités recommencèrent; mais avant qu'on n'eût répandu beaucoup de sang une autre réconciliation s'effectua par les bons offices de Pierre de Tarentaise, qui était chargé de défendre en France les intérêts du pape Alexandre III1.
A la mort d'Adrien , en W69 , le collège des cardinaux s'était séparé en deux partis. Vingt-trois voix votèrent en faveur de Roland, chancelier du siège apostolique; trois en faveur d'Octavien , cardinal-prétrc de Sainte-Cécile. Chacun d'eux prit le titre de pape , et en exerça Autorité : le premier, sous le nom d'Alexandre III; le dernier, sous celui de Victor IV. Le monde chrétien se partagea aussitôt entre les deux compétiteurs. L'empereur Frédéric soutint de toute son influence la cause de sa créature, Victor ; les rois d'Angleterre et de France , de l'avis de leurs évèques, reconnurent l'autorité d'Alexandre. Ce fut en vain que l'empereur essaya , par des lettres et des messagers, d'ébranler leur détermination. Quand Alexandre jugea prudent de quitter l'Italie, ils le sollicitèrent , chacun de leur côté , de choisir sa résidence dans
1. Chron. norm. 997. Iloved. 282. Ncwbrig. il , 24. Les l.'gats qui avaient accordé la dispense alléguèrent en faveur de leur conduite qu'on en était déjà convenu : « ut eadem sponsalia fièrent, si Ecclcsi» possent haberc consensura. » (Lou* quet, xv, 701.)
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leurs Étals; et, lors de leur enlrevue à Courcy-sur-Loire, ils le placèrent entre eux, et, à pied, tenant sa bride, ils le conduisirent à son pavillon. Ce jour fut regardé comme un jour glorieux pour le pontife, ainsi honoré dans son exil par les plus puissants monarques ; tandis que son rival , quoique alors maître de Rome , n'était qu'une marionnette aux mains de son protecteur impérial K Les deux dernières années de la vie de Théobald s'étaient passées à plaider la cause d'Alexandre. Les infirmités l'avaient rendu incapable de toute occupation active; mais il avait employé la plume de son secrétaire à prouver au roi et à ses confrères les évôques la supériorité des droits d'un pontife qui avait été élu par la majorité du sacré collège8. [18 avril] Sa mort, en 1161, laissa à la disposition du roi la plus haute dignité de l'église d'Angleterre. La faveur dont jouissait le chancelier et le poste qu'il occupait le désignaient comme le successeur le plus probable, les courtisans rappelaient déjà le futur archevêque ; et lorsqu'on lui rapporta ce bruit, il répondit d'une manière ambiguë qu'il connaissait quatre pauvres prêtres bien plus propres à cette dignité que lui. Mais Henri, quelles que fussent ses intentions, passe pour les avoir tenues renfermées dans son sein. Pendant la vacance, les revenus du siège étaient versés à l'échiquier; et il n'était pas pressé de se priver d'une somme aussi considérable par une élection précipitée. [1162] Au bout de treize mois, il envoya chercher le chancelier à Falaise, lui ordonna de se préparer à partir pour l'Angleterre , et ajouta que dans peu de jours il serait archevêque de Canterbury. Becket, regardant ses vêtements avec un sourire ironique, répondit qu'il n'avait guère l'apparence d'un archevêque e* que, si le roi parlait sérieusement, il demanderait la permission de refuser cette promotion , parce qu'il lui serait impossible de remplir les devoirs de sa situation et de conserver en môme temps la faveur de son bienfaiteur. Mais Henri fut inflexible ; le légat, Henri de Pise, joignit ses instances aux ordres du roi, et Becket, quoiqu'il vit déjà s'amasser la tempête dans laquelle il périt plus tard, fut amené, contre son propre jugement, à accepter3. [30 mai] Il fit voile pour l'Angleterre; les prélats et une députation des moines de Canterbury s'assemblèrent dans la chapelle du roi à Westminster; tous les votes furent en sa faveur; les nobles, par leurs applaudissements, témoignèrent de leur sat:sfaction , et le prince Henri, au
t. Chron. norm. 997, 998. Ncwbrig V , 9. Baron, ad. ann. 1159-1162.