Steph
HTSTOTRE D'ANGLETERRE.
cupe , et de quelle manière j'ai été déclaré par lui libre de toute réclamation séculière. Je ne dois ni ne veux répondre de ce qui a eu lieu avant ma consécration *. Sachez de plus que vous êtes mes fils en Dieu, ni la loi ni la raison ne vous permettent de juger votre père. Je récuse donc votre tribunal , et je remets ma querelle à la décision du pape. J'en appelle à lui, et maintenant, sous la protection de l'Église catholique et du siège apostolique, je vais partir. » Comme il passait devant eux dans la salle, quelques-uns des courtisans lui jetèrent des bouchons de paille qu'ils ramassaient sur le plancher. Une voix l'appela traître. A ce mot il s'arrêta , et, se retournant vivement, il repartit : « N'était que mon ordre me le défend, ce couard se repentirait de son insolence. » A la porte, il fut reçu avec des acclamations de joie par le clergé et le peuple , et conduit en triomphe à sa demeure.
On crut généralement que, si l'archevêque fut resté à Northampton, cette nuit eût été sa dernière. Alarmé par les nombreux avertissements de ses amis , il demanda la permission de se retirer de l'autre côté de la mer, et on lui fit espérer une réponse pour le lendemain matin. Ce délai inutile augmenta ses appréhensions. Pour tromper la vigilance des espions qui l'entouraient, il se fit préparer un lit dans l'église , et, à la brune, accompagné de deux clercs et d'un domestique à pied, il s'échappa par la porte du nord. Après quinze jours de périls et d'aventures, le frère Christian (c'était le nom qu'il avait pris) aborda à Gravelines, en Flandres [3 nov.]. Sa première visite fut pour le roi de France, qui le reçut avec des marques de vénération ; sa seconde, pour Alexandre, qui tenait sa cour dans la ville de Sens. Il avait été précédé par une magnifique ambassade de prélats et de barons anglais qui s'étaient vainement efforcés de prévenir le pontife contre lui , quoiqu'avec une distribution de présents ils eussent acheté des avocats dans le collège des cardinaux. La seule lecture des Constitutions ferma la bouche à ses adversaires. Alexandre , après avoir condamné en termes exprès dix des articles, recommanda l'archevêque aux soins de l'abbé de Pontigny , et l'exhorta à supporter avec résignation les peines de l'exil. Quand Thomas remit son évèché entre les mains du pape , une partie du consistoire applaudit à sa démission, comme le moyen le plus propre à terminer une contestation affligeante et dangereuse ; mais Alexandre préféra l'honneur à sa convenance; et refusant d'abandonner un prélat qui avait sa-
1. Steph. 41-47. Grim. 358. Gcrvase , 1389-1393. Diceto, qui était présent (Steph. 41), dit que l'excuse de l'archevêque, colle d'avoir été dégagé de toute obligation séculière, ne ftit pas admise, parce qu'il ne put prouver que le roi eût autorisé le justicier à faire une pareille déclaration » iPiceto , 537),