‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 424 sur 643 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

crifié l'amitié d'un roi aux intérêts de l'Église, il l'investit de nouveau de la dignité archiépiscopale i.

L'attention du roi avait été long-temps absorbée par sa querelle avec le primat : une dispute sans importance avec le roi de France le fit aller en Normandie, d'où il fut promptement rappelé par un soulèvement général des Gallois. Ce n'était pas la première fois qu'il avait été forcé à l'espérance hasardeuse de conduire une armée dans un pays montagneux. [4157] Peu après son avènement, les Gallois avaient tenté de renouveler les déprédations qu'ils avaient impunément exercées sous le règne d'Étienne, et à sa demande de satisfaction ils avaient répondu par un refus méprisant*. Lorsqu'il entra dans le Flintshire, Owen Gwynned et Rees ap Gryffith , princes des Galles du nord et du sud , sentant leur infériorité , se retirèrent dans les bois de Goleshil , et attendirent cachés l'approche des envahisseurs. Au moment où l'armée, ignorant le danger, s'engageait imprudemment dans le défilé, les indigènes, avec des cris affreux, se précipitèrent du haut des montagnes. Eustache Fitz-John et Roger de Courcy tombèrent au premier choc; une voix s'écria que Henri était tué ; le comte d'Essex jeta l'étendard royal *; et ce ne fut pas sans courir personnellement un grand péril , que le roi put arrêter les fuyards et rétablir l'ordre dans l'armée. Il parvint à forcer le passage ; mais, instruit par cette leçon, lorsque Gwynn tâcha de l'attirer vers Snowdun, il tourna à droite, et longea avec précaution la côte en vue de sa flotte. Pendant quelques semaines il occupa l'armée à ravager le pays , à ouvrir des routes à travers les forêts, à élever des châteaux sur les points importants ; et la guerre, sans être signalée par aucune action brillante, fut heureusement terminée par l'hommage des deux princes et la remise d'otages en garantie de leur fidélité 4. Mais sous le masque de la soumission ils conservaient des projets d'ind>pendance, et ils tenaient en éveil l'ardeur de leurs sujets par les incursions et le pillage. Cette intraitable disposition fut sévèrement châtiée, en 4463, par une armée anglaise qui répandit la désolation

J. Gervase, 1397, 1398.

2. Pour cette expédition il exigea que deux chevaliers en trouvassent un troisième ( Mat. Paris, SU. On rencontre de semblables ordonnances sous d'autres rois, et elles me paraissent avoir été rendues lorsque le roi n'avait pas besoin de tousses tenanciers militaires.

2. Il était porte-étendard héréditaire. Six ans après, il fut accusé par Robert de Montfort de couardise et de trahison pour ce fait. Il combattit son accusateur et fut vaincu. D'après la loi , il aurait dû être mis à mort; mais le roi lui accorda la vie, confisqua sesbiens, et le força de porter le capucc parmi les moines de Reading. Diceto , 535.

4. Newbrig, il, 6. Gervase, 1380. Girald, Itin. 1, 10. Powel, adann. 1157.

dans le comté do Gurmarthcn *; mais l'absence do Henri, qui partit pour la Normandie, encouragea les princes gallois à profiter de la première occasion pour éveiller la haine et lo ressentiment de leurs concitoyens. Un neveu de Gryflith fut trouvé mort dans son lit. Son oncle, prétendant qu'il avait été assassiné par des hommes à la solde du comte de Pcmbrokc, fondit à ['improviste sur le Cardiganshire , et réduisit toutes les forteresses anglaises. Les flammes de l'insurrection se répandirent dans tout le pays de Galles [H 64]. Les habitants du sud se réunirent sous l'étendard de Gryflith; ceux du nord accoururent sous celui de Gwynned; et les guerriers de Powisland s'assemblèrent à la voix d'Owen Cyvelioch. Les frontières furent immédiatement envahies; mais les mouvements des Gallois étaient si rapides , qu'en général avant que les secours fussent arrivés, la tempête était passée et n'avait laissé que les marques de ses ravages. Henri se hâta de revenir de la Normandie et campa avec une armée d'Anglais et d'étrangers à Oswestry : les Gallois , égaux en forces , s'assemblèrent à Corwen , flans le Merionetshire. Une action générale, résultat du hasard, s'engagea sur les bords du Cieroc. Les insurgés perdiront la bataille, et les envahisseurs atteignirent la haute montagne de Berwin. Le roi campa au pied , et au sommet planait une nuée d'indigènes prêts à fondre sur la tète de leurs ennemis. Mais les éléments mirent lin à la guerre. De continuels torrents de pluie inondèrent la vallée ; et l'armée , abandonnant son bagage , se réfugia à grand'peine dans la ville de Chester. Pour se consoler de cette disgrâce , Henri exerça sa vengeance sur ses nombreux otages, les enfants des plus nobles familles du pays de Galles , parmi lesquels étaient Cynric et Meredith, fils de Gryffith; Rocs et Gadwallo , fils de Gwynned. Par ses ordres on arracha les yeux à tous les maies, et on coupa aux filles le nez et les oreilles [M 65]. Après s'être ainsi rassasié de sang et couvert d'infamie , tout d'un coup, et sans raison ostensible, il licencia son armée et retourna à Londres. Quand le résultat de celte expédition fut communiqué à l'archevêque dans son exil, il s'écria, dans les paroles de l'Écriture : « Ses sages sont devenus des fous ; le Seigneur a envoyé parmi eux un esprit de vertige ; ils ont fait chancpler et trébucher l'Angleterre comme un homme ivre 2. »

Henri pourtant fut plus heureux dans le cabinet qu'il ne l'avait

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