CHAPITRE DOUZIÈME
été sur le champ do bataille, et, par une négociation menée à bien, il accrut ses États de la vaste province de Bretagne. Les droits à ce duché , qui étaient depuis longtemps divisés entre différentes branches de la même famille, étaient maintenant confondus dans la personne do Conan, comte de Richemond; mais ce prince, d'un naturel indolent et pacifique, se voyait hors d'état de réprimer la férocité de ses barons, qui depuis long-temps s'étaient maintenus dans une réelle indépendance, et par leurs guerres mutuelles appauvrissaient leurs vassaux et désolaient le pays. Il ne fallut pas beaucoup d'efforts pour décider Conan à descendre d'une position où il était évidemment déplacé. [/Hti(>] Il transmit, à l'exception du comté de Guingamp, tous ses droits et possessions à sa fille et héritière Constance : un mariage « imaginaire » fut conclu entre la princesse et Geoffroi, troisième (ils du monarque anglais !, et Henri fut nommé tuteur des deux enfants durant leur minorité. En celte qualité, il prit les rênes du gouvernement, rasa les châteaux des barons réfractaires, dompta leur orgueil , et rendit au peuple le bienfait de la tranquillité et l'administration de la justice *.
Au milieu de ces événements, les yeux du roi étaient toujours fixés sur l'exilé de Pontigny, et, par son ordre, la peine encourue par la trahison fut prononcée contre toute personne qui oserait apporter en Angleterre des lettres d'excommunication et d'interdit, soit du pontife, soit de l'archevêque. \\ confisqua les biens de ce prélat, fit rayer son nom de la liturgie, et saisit les revenus de tous les ecclésiastiques qui l'avaient suivi en France ou lui avaient envoyé des secours pécuniaires3. Par un raffinement de vengeance, il enveloppa tous ceux qui tenaient à lui ou par le sang ou par l'amitié, et avec eux leurs familles, sans distinction de rang, d'âge ni de sexe, dans une sentence générale de bannissement. Ni les hommes courbés sous le poids des années, ni les enfants encore à la mamelle n'en furent exceptés. La liste de proscription s'enfla de quatre cents noms , et on aggrava la souffrance de ces infortunés en les obligeant à prêter serment de visiter l'archevêque et de l'importuner de l'histoire de leurs maux. Chaque jour une foule d'exilés assiégeaient la porte de sa cellule à Pontigny. Son coeur