CHAPITRE DOUZIÈME
gage énergique mais affectueux, le châtiment qui l'attendait s'il persistait dans l'impénitcnce ».
Ce puissant monarque, maître de tant de nations, redoutait en secret les armes spirituelles de sa victime, tout en affectant de les mépriser. Les ordres les plus stricts furent donnés de fouiller tous les passagers venant du continent, de saisir toutes les lettres du pape ou de l'archevêque, d'infliger aux porteurs les peines les plus sévères et les plus ignominieuses, et de faire promettre sous serment à tous les hommes libres, dans les cours auxquelles ils devaient leur service, de n'obéir à aucune censure publiée par l'autorité ecclésiastique contre le roi ou le royaume*. Mais c'était surtout pour ses États du continent qu'il se sentait alarmé. Là les grands barons, qui haïssaient son gouvernement, embrasseraient avec joie cette occasion de se révolter; et le roi de France, son antagoniste naturel, s'empresserait de leur prêter assistance contre l'ennemi de l'Église. Aussi, pendant quelques années, le principal objet de sa politique fut de détourner ou du moins <ie retarder le coup qu'il redoutait si fort.
Tant que le pape avait été fugitif en France et avait dépendu de la générosité de ses adhérents , le roi avait espéré que la nécessité le forcerait d'abandonner le primat Mais à présent l'antipape était mort; et, quoique l'empereur en eût suscité un second dans la personne de Guido de Crème, Alexandre était retourné en Italie et avait repris possession de Rome. Henri résolut donc d'essayer l'influence de la terreur en menaçant d'épouser la cause de Guido. Il entama même une correspondance avec l'empereur, et, dans une diète générale à Wurtzbourg, ses ambassadeurs prêtèrent serment au nom de leur maître qu'il rejetterait Alexandre et reconnailrait l'autorité du pape rival. Ce fait ne saurait être mis en doule. Il fut annoncé aux nations allemandes par un édit impérial, et il est attesté par un témoin oculaire, qui du concile écrivit au pape un rapport détaillé de ce qui s'était passé. Henri toutefois se repentit bientôt de sa précipitation s. [1167] Ses évèques refusèrent de se déshonorer en transportant leur obéissance de l'un à l'autre au gré de leur prince ; et il ne se soucia pas de s'engager dans une nouvelle querelle, et, selon toute apparence, sans espoir de succès. Pour déguiser ou excuser sa conduite , il désavoua cet acte, l'attribua à ses envoyés, et ensuite les engagea aussi à le nier *. On expédia à Rome Jean d'Oxford , qui , en présence d'A-