‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 437 sur 643 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

de sa cause. Ses vertus personnelles et son rang élevé, la dignité et le calme avec lesquels il affronta sa destinée , la sainteté du lieu où le meurtre fut consommé , tout contribua à inspirer aux hommes de l'horreur pour ses ennemis et de la vénération pour son caractère. Les avocats des « coutumes » furent réduits au silence. Ceux qui avaient été ardents à condamner sa conduite furent alors les premiers à y applaudir, et ses ennemis les plus violents cherchèrent à éviter l'odieux d'avoir été ses persécuteurs. La cause de l'Église refleurit; ses libertés semblèrent puiser une nouvelle vie et un accroissement de forces dans le sang de leur champion.

Henri était à Bure , en Normandie , célébrant les fêtes de Noël et déployant la pompe de la royauté au milieu de ses prélats et de ses nobles. Cette nouvelle le plongea tout à coup dans la plus profonde tristesse. Enfermé dans son cabinet , il refusa obstinément pendant trois jours de prendre aucune nourriture ou de recevoir les soins de ses serviteurs. La tache que le sort de l'archevêque imprimerait à son caractère , les malédictions que l'Église était prête à entasser sur sa tête, la longue suite de calamités qui pourraient en résulter, peut-être la conscience d'avoir, sinon commandé , du moins suggéré ce meurtre , alarmèrent son imagination et troublèrent en partie sa raison II fut tiré de cet état le quatrième jour par les instances de ses ministres; et, pour détourner l'indignation du pape, cinq envoyés furent immédiatement expédiés en Italie avec des pouvoirs presque illimités ». Alexandre refusa de les voir. Son chagrin n'était pas moins réel que celui du roi, mais il venait d'une cause différente. Il attribuait le meurtre à la douceur avec laquelle il avait traité jusqu'alors les adversaires du primat; et afin de pouvoir régler sa conduite future sans être influencé par des avis intéressés, il se séquestra huit jours de la compagnie de ses amis les plus intimes. Le jeudi avant Pâques, il donna audience aux envoyés. Ils protestèrent avec chaleur de l'innocence de leur maître , et jurèrent qu'il voulait soumettre le cas au pontife et accepter sa décision. Ébranlé, mais non convaincu , par leur déclaration , Alexandre excommunia en termes généraux les assassins, avec tous leurs conseillers, fauteurs et protecteurs ; et chargea les cardinaux Théodin et Albert, ses lé-

1. Ep. S. TVtom. v, 79. Le roi ne sut comment se conduire envers les meurtriers. Les punir d'une action qu'ils avaient crue désirée de lui paraissait indigne; les épargner, c'était confirmer le soupçon général qu'il avait ordonne le meurtre (Gui. Newbrig. h, 251. Il les abandonna donc au jugement des cours spirituelles. En conséquence ils se rendirent à Rome ; et Alexandre leur enjoignit de faire i.n pèlerinage à Jérusalem, où quelques-uns, sinon tous, moururent. Ibid.

gais en France, do prendre connaissance de l'affaire *. Cette nouvelle fut reçue avec satisfaction par Henri; mais, comme il ignorait les instructions et intentions des légats , il jugea prudent de quitter la Normandie avant leur arrivée. Il débarqua en Angleterre au commencement d'août. Deux mois furent employés à rassembler une armée puissante, et, en octobre, une flotte de quatre cents voiles le conduisit à Waterford en Irlande. Sa présence , allégua-t-il , était nécessaire pour recevoir la soumission des habitants; son motif réel , s'il faut en croire les historiens contemporains, était d'éviter décemment la visite des légats. Mais avant de décrire l'issue de cette expédition , qui a rattaché l'histoire de cette île à celle de sa sœur l'Angleterre, il convient d'examiner l'état antérieur du pays, et les divers événements qui mirent Henri à même d'ajouter à ses autres titres celui de « lord d'Irlande. »

Que les anciens habitants de l'Irlande fussent principalement d'origine celtique , la preuve en est dans la langue que parlent encore leurs descendants. Quant à leurs mœurs, à leur politique et à leur religion, nous en pouvons juger en toute sûreté par analogie. Il n'y a pas de doute qu'ils vivaient dans le même état de grossièreté et de barbarie que leurs voisins, lorsque ceux-ci furent découverts par les légions romaines et les propagateurs du christianisme*. Il est vrai qu'on a publié des livres qui décrivent minutieusement les révolutions d'Erin à partir d'une époque antérieure au déluge ; mais il est évident que la plus ancienne partie de l'Histoire d'Irlande , par Keating , repose sur la même autorité fragile que l'Histoire de la Bretagne de Geoffroi , sur des fictions de bardes et de généalogies traditionnelles. Celles-ci , peut-être avant , très-probablement après l'introduction du christianisme , furent mises par écrit. L'imagination de ceux qui les copiaient ou qui les récitaient y ajouta de nouveaux embellissements, et quelques anneaux de plus, la création d'un ou deux personnages ima-

1. Ep. v, 84,85. Les envoyés du roi eurent pour adversaires Alexandre de Galles et Gunter de Flandre , deux ecclésiastiques qui avaient été au service de l'archevêque. Durant son exil , des ecclésiastiques de toutes nations étaient jaloux de faire partie de sa maison; et beaucoup, après sa mort, durent leur promotion 4 cette circonstance. Ainsi Hubert de Milan devint archevêque de sa ville natale , et ensuite pape sous le nom d'Urbain III ; Lombard de Plaisance fut fait cardinal et archevêque de Bénévent ; Jean de Salîsbury fut élevé à 1 evêché de Chartres ; Gilbert, à celui de Rochester; et Gérard et Hiîgues-le-liomain furent successivement nommés évêques de Covcntry. Voyez Baronius, ad ann. 1172.

2. Ceci est affirmé par Tacite ( u Ingénia cultusque hominum non multum à Britannia differunt. » Agric. xxivl et par les moines de Benchor, environ un siècle après la mort de leur apôtre, u Jésus-Christ envoya Patrick prêcher parmi les nations barbares de l'Irlande. •» Voyez la note 3 de fa page suivante.

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