‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 446 sur 643 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

vante, On tin! un grand conseil pour délibérer sur l'entreprise; mais on rencontra une forte opposition dans l'impératrice-mére et dans les barons; d'autres projets s'offrirent à l'ambition de Henri, et la lettre du pape fut condamnée à l'oubli dans les archives du château de Winchester J.

Quatre ans après cette singulière négociation , quelques aventuriers gallois abordèrent en Irlande à là sollicitation d'un dés princes du pays. Dermot, roi de Loiilster, avait, plusieurs années auparavant , enlevé de force Dervorgil , femme d'O'IUiarc , prince do Breffny ou de Leitrim [1152]. La dame paraît avoir été une captive volontaire; mais le mari, pour venger son affront, réclama l'assistance de Turlogh O'Connor, monarque d'Irlande , et l'adultère fut obligé de rendre la fugitive. A dater de cette époque, Dermot et ÔlUiarc embrassèrent toujours des intérêts opposés dans totites les querelles qui agitèrent l'île. Du vivant de Maurice O'Loghlin , qui succéda a O'Connor dans l'autorité souveraine, Derttiot brava la puissance de son adversaire; mais, à la mort de ce prince, la maison d'O'Connor reprit l'ascendant; O'Iluarc détruisit Ferns, capitale du Leinster, ei Dermot fut chassé de l'île* [1 166]. L'exilé, abandonné par ses compatriotes, sollicita l'assistance des étrangers [î 1 07]. En se rendant par l'Angleterre en Aquitaine, il fit hommage à Henri de ses États et obtint la permission d'enrôler dés aventuriers à son service. Ses offres furent acceptées par Richard de Clare , surnommé Strongbow , comte de Strigul ou de Pémbrokc 3 , seigneur ruiné et en disgrâce auprès de son souverain , et par deux frères, Robert Fitz-Stephen et Maurice Fitz- Gérald , gentilhommes gallois , également mal dans leurs affaires , et également prêts à s'engager dans toute entreprise désespérée *.

À pp. n° l. Jean de Salisbury, qui doit en avoir connu l'objet réel , l'appelle une concession d'héritage, u Ad preces meas Henrico eoheessit et dédit Iliberniam jure hîereditario possidendam , sient litterœ ipsius testantur » (Mclalog. iv, 42). Il est à remarquer toutefois qu'Adrien, dans cet instrument , évite le langage habituel dès concessions féodales ; il exprime simplement son acquiescement au projet du roi ; il consent a ce que Henri entre en Irlande et soit reconnu comme seigneur par les indigènes, u Gratum et acceptum habe nus ut , pro dilatandis ecclesiœ terminis, etc.. insnlam illam ingrediaris... . et illius terr» populus honorificc te recipiat , et sicut dominum veneretuf » {Leg. sax. ibid.). Comparez cette version à celle de Hume, c. îx.

1. Chron. norm. 991. Quand Louis, quelques années plus tard (1159) , médita «ne expédition semblable en Espagne , et à cet effet demanda u consilium et favorem Ecclesiee romance,» la réponse fut très différente. — Adrien l'en dissuada, parce que c'était « inconsulta Eeeiesia et populo U rne illius. r> Bouquet, xv, G90.

2. J'ai préféré cette version des annalistes irlandais à celle de Girald.

3. U prit le titre de Strigul d'un château de C2 nom pris Chcpsîow. Dugd. Inlr. lu Baron.

4. Ces frères étaient fils de Ncsta , princesse galloise , qui les avait eus de différents maris, et qui, lorsqu'elle était la maîtresse de Henri, avait eu de ce monarque Bobert, le célèbre comte de Gloucester.

Comptant sur leurs promesses, Dermot retourna en Irlande, et trouva , pendant les mois d'hiver, un sûr asile dans le monastère de Ferns. Au commencement de l'été, Fitz-Stephen débarqua dans la baie de Bannock , accompagné ou suivi de cent quarante chevaliers , de soixante cottes de mailles et de trois cents archers [1 469]. Le roi les rejoignit avec un corps d'indigènes, et, par la réduction de AVexford, jeta l'épouvante au cœur de ses ennemis [24 juin]. De là il conduisit ses forces contre Donald , prince d'Ossory , chef féroce , dont la jalousie , peu d'années auparavant, avait privé l'ainé des fils de Dermot de la vue et ensuite de la vie. Les gens d'Ossory, au nombre de cinq mille, au milieu de leurs forêts et de leurs marécages, se défendirent avec succès ; mais une fuite simulée les attira dans la plaine , où ils furent culbutés par une charge de la cavalerie anglaise, et ceux qui étaient tombés furent immédiatement mis à mort par les indigènes rassemblés sous la bannière de Dermot. Un trophée de deux cents tètes fut érigé aux pieds do ce sauvage, qui témoigna sa joie en battant des mains, sautant en l'air, et se répandant en actions de grâces envers le Tout-Puissant. Comme il retournait le tas, il découvrit la tète d'un ancien ennemi. Sa haine se ralluma à cette vue, et, la saisissant par les oreilles, dans un accès de furie, il lui arracha le nez avec ses dents ».

L'ambition de Dermot aspira alors à la souveraineté de File. Dans cette vue, il sollicita des renforts d'Angleterre, et rappela au comte Strigul ses engagements. « Nous avons vu , » dit le roi dans une singulière lettre conservée par Girald , « les cigognes et les hirondelles. Les oiseaux du printemps nous ont fait leur visite annuelle ; et à l'approche des vents ils sont partis pour d'autres climats. Mais notre meilleur ami a jusqu'ici trompé nos espérances. Ni les brises de l'été ni les tempêtes de l'hiver ne l'ont conduit sur ces rivages *. » Son attente fut bientôt réalisée par l'arrivée de Fitz-Gérald et de Raymond , avec vingt chevaliers, trente cottes de mailles et cent soixante-dix archers [4170]. Les étrangers débarquèrent à quatre milles au sud de Waterford, et furent immédiatement arrêtés dans leur marche par OThelan à la tète de trois mille hommes. Ils se retirèrent devant cette multitude sur le rocher de

1. Girald semble tenir ce récit d'un témoin oculaire, 760, 763. La décapitation des hommes tués était probablement une coutume irlandaise. Mais, si cela est, elle fut adoptée par les envahisseurs. Quand O'Ruarc fut tué dans une conférence entre lui et Hugues de Lacy , sa tête fut envoyée au roi d'Angleterre ( Girald, 780) ; et lors de la défaite ries gens de Kilkcnny, les vainqueurs offrirent cent têtes au prince Jean à Dublin. Id. 807.

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