‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 451 sur 643 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

gènes ni celles des étrangers. Les premiers, poussés par le ressentiment national, saisissaient toutes les occasions d'assouvir leur vengeance sur leurs spoliateurs; les derniers, pour la plupart hommes en guerre contre les lois et dénués de ressources, ne pouvaient vivre que de pillage et cherchaient en conséquence tous les prétextes de faire naître ou de prolonger les hostilités. Strongbow mourut en M 77, laissant deux enfants qu'il avait eus d'Eve : un fils qui suivit son père au tombeau, et une fille nommée Isabelle, héritière du royaume de Leinster. Avec la tutelle de cette princesse, Henri conféra le gouvernement du royaume à Fitz-Aldhelm, ministre avide d'argent et adonné aux plaisirs, qui évita les dangers de la guerre et s'enrichit aux dépens de ses inférieurs. De Courcy, rude soldat et le second dans le commandement, prit avantage du mécontentement de l'armée, et, avec trois cent cinquante hommes , au mépris de la défense du gouverneur fit une incursion dans la province de l'Ulster [1178]. Ils espéraient surprendre le roi Mac-Dunleve dans sa résidence de Downpatrick : à leur étonnement, ils trouvèrent avec le chef irlandais le cardinal Vivian, légat de Rome, qui se rendait à Dublin. Cet ecclésiastique, ne pouvant dissuader les envahisseurs, donna sa bénédiction à Mac-Dunleve, et l'exhorta à se battre bravement pour la défense de son pays. Mais, quoique les hommes de TUlster fussent renommés pour leur courage, ils n'étaient pas de force à lutter contre leurs adversaires mieux disciplinés et mieux armés : dans trois batailles la victoire se déclara pour de Courcy, et le vainqueur sut conserver la possession de Downpatrick en dépit des hostilités constantes et quelquefois heureuses des indigènes *.

Henri avait obtenu du pontife une bulle qui l'autorisait à inféoder à l'un de ses fils la seigneurie de l lrlande. Dans un grand conseil assemblé à Oxford, il conféra cette dignité à Jean, enfant de douze ans, et, annulant les concessions qu'il avait faites antérieurement, il retint pour lui comme domaine tous les ports de mer avec les centaines adjacentes, et distribua le reste des possessions anglaises aux principaux aventuriers, pour relever, par tenure de service militaire, de lui et de son fils Jean*. En môme temps il nomma lord-lieutenant Hugues de Lacy, officier dont on avait justement loué les talents et l'administration. Celui-ci rebâtit les châteaux du Meath, invita les fugitifs à rentrer dans leurs demeures, et, par son équité et sa prudence, les réconcilia avec la domination des étrangers. Mais son mérite , joint à son mariage avec

Page 1