CHAPITRE DOUZIÈME
le premier de ces articles fut sévèrement condamnée par le clergé; mais le légat ne put décemment s'y opposer. L'Église avait défendu l'exercice de la chasse aux ecclésiastiques, et si, en se livrant à cet amusement, ils s'attiraient des embarras, il était déraisonnable qu'ils pussent réclamer la protection de ces mêmes canons qu'ils avaient enfreints. Relativement au troisième article, on remarquera que les cours spirituelles revendiquaient une juridiction sur les meurtriers des clercs; mais comme elles ne pouvaient imposer que la pénitence canonique d'un pèlerinage à Rome pour obtenir l'absolution du pontife , l'insuffisance de la punition tendait à encourager plutôt qu'à restreindre ce crime. Il en résulta que les prélats eux-mêmes désirèrent que le jugement de ces délits fût réservé aux cours séculières, mais en présence de l'évèque ou de son délégué, pour veiller à ce que justice fût faite !. On infligeait alors au condamné la peine ordinaire, l'amputation d'un pied et d'une main, et on y ajoutait la confiscation de ses propriétés. Le reste des articles ne demande pas d'explication.
Dans sa négociation avec les cardinaux Théodin et Albert, Henri avait réussi au delà de ses plus ardentes espérances. Sa tranquillité fut bientôt troublée par une nouvelle et non moins fâcheuse querelle qui prit naissance dans sa propre famille. Lorsque ses enfants étaient en bas âge, il leur avait témoigné une affection qui allait jusqu'à l'excès; mais à mesure qu'ils grandirent, le père indulgent se changea en un souverain méfiant et despotique. Éléonore lui avait donné quatre fils, à chacun desquels ses vastes États offraient un ample héritage. Henri, l'aîné, avaitdéjà été couronné roi d'Angleterre ; les duchés d'Aquitaine et de Bretagne étaient assurés à Richard et à Geoffroi; et Jean, le plus jeune, quoique les courtisans l'appelassent « Lackland » et « Sans-Terre, » était destiné par son père à la seigneurie de l'Irlande. Pour des raisons que nons ne savons pas, Henri n'avait pas permis que l'épouse de l'aîné fût couronnée avec son mari, et cette omission fut
martyr Thomas exulavit, et martyrio coronatus est. >» Toutefois il est certain que l'ordonnance de Clarendon était une chose fort différente des Constitutions deClarendon. Benedictus Abbas |i, 136) et Hoveden (413) paraissent l'avoir insérée dans leur relation du conseil de Northampton. F.lle formait le code des instructions données aux juges ambulants, et a été publiée par sir F. Palgrave dans son second volume.
1. Parmi les lettres dî Pierre de Blois , il y en a une du primat «sur ce sujet , écrite à trois des évêqueff, probablement peu de temps avant le conseil de Northampton. Il soutient que le droit de juridiction criminelle en pareil cas est contraire à l'Evangile et aux Décrétalcs ; qu'il laisse la vie des ecclésiastiques sans protection ; qu'il est cause de beaucoup de meurtres ; et que, comme l'Fglise n'a pas le pouvoir d'infliger une peine proportionnée, la connaissance de ces sortes de crimes doit être rendue aux tribunaux s.'culiers | Cles. ICp. 73). Je crois que le troisième article fut inséré en conséquence de cette lettre.
regardée par Louis comme une insulte marquée et impardonnablo envers lui et envers sa fille. Pour apaiser ce monarque, on recommença la cérémonie [27 août H 721. Marguerite fut sacrée et couronnée en même temps que Henri, et bientôt après le jeune roj et la jeune reine allèrent voir leur père à Paris. A leur retour il& réclamèrent la possession immédiate de l'Angleterre ou de la Normandie, afin de pouvoir avec ce titre être en état de soutenir la, dignité qu'ils avaient reçue. Cette demande fut écoutée avec indignation et repoussée avec mépris; et Éléonorc, qui avait prévu le. mécontentement de son fils, travailla à le fomenter. Jadis cette princesse avait été passionnément attachée à son mari ; mais de-, puis quelques années il l'avait délaissée pour prendre successiver ment plusieurs maîtresses , et elle saisit avidement l'occasion d'une vengeance dont l'espoir avait consolé sa jalousie. A son instigation, le jeune Henri, tandis que la cour revenait de Limoges, s'enfuit chez son beau-père à Chartres ; [8 mars H 73] avant que trois, jours fussent écoulés, Richard et Geoffroi suivirent les traces de leur frère; et peu de temps après on acquit la certitude que la reine elle-même, premier auteur du mal, avait aussi disparu
Ces événements inattendus, qui se succédaient si rapidement^ convainquirent le roi de l'existence d'un complot plus profond et plus étendu qu'il ne l'avait soupçonné. Son premier soin fut de. ravoir sa femme et ses trois fils. Dans cette vue, il fit écrire à Éléonorc, par les évôques de Normandie, une lettre monitoriale dans, laquelle ils lui assuraient que, si elle ne retournait pas. auprès de, son mari et ne lui ramenait pas ses enfants, ils croiraient de leur devoir de la contraindre à l'obéissance par les censures ecclésiastiques. Elle échappa toutefois à la disgrâce de l'excommunication parce qu'elle regarda probablement comme un mal plus grave. Elle tomba entre les mains de son époux offensé, qui la fit aussitôt enfermer étroitement. A l'exception d'un court intervalle, vraisem-. blablement de quelques semaines, elle resta prisonnière jusqu'au décès de celui-ci 2.
A ce môme instant, Henri avait envoyé à Paris l'archevêque de Rouen et l'évéque de Lisieux ; leurs instructions étaient de demander le retour de ses fils et d'offrir de prendre le roi de France pour arbitre entre eux et lui. Le lecteur peut juger combien se& sentiments durent être cruellement blessés par la réponse outra-
1 Newb. lî, 27. Diceto, 559, C61. Hoved. 305.
2. En 11M5, Henri força son fils Richard de remettre à sa femme Eléonore le comté de Poitou (Hoved. 3521. Mais, au printemps de l'année suivante, il la ramena en Angleterre, où elle fut détenut jusqu'à la mort du roi. Bened. Abb. il, 545, 549. Gerv. 1547. Diceto, 646.