CHAPITRE DOUZIÈME
d'Écosse joutant avec soixante de ses compagnons. D'abord il prit les étrangers pour un détachement de ses propres troupes : la bannièro anglaise le convainquit de sa méprise. Surpris, mais non découragé , il frappa son bouclier de sa lance et s'écria : a Maintenant, voyons quel est le meilleur chevalier. » Au premier choc , il eut son cheval tué; et, étant tombé à terre, il fut fait prisonnier. Les seigneurs écossais , sur-le-champ, mirent bas les armes, afin de partager le sort de leur souverain , et les vainqueurs retournèrent le même soir à Newcastle avec une longue suite d'illustres captifs. Henri était impatient de communiquer cetle importante nouvelle à ses courtisans, et en môme temps il remarqua avec joie que ce glorieux événement était arrivé le matin mémo où il s'était relevé, repentant et réconcilié, de la châsse de saint Thomas !.
Le roi avait oublié son indisposition, et il se hâta de rejoindre son armée. Mais tous les ennemis avaient disparu. La multitude qui obéissait au roi d'Écosse s'était dispersée à la première nouvelle de sa captivité. Son frère David, tant pour sa propre sûreté que pour la tranquillité du royaume , chercha à gagner, par des routes non fréquentées, les frontières de l'Écosse, et les comtes de Norfolk et de Ferrers, l'évèque de Durham et Roger de Mowbray achetèrent leur pardon en livrant leurs châteaux. En trois semaines la paix fut rétablie partout, et l'armée qui avait été levée pour s'opposer aux rebelles anglais fit voile de Portsmouth pour secourir la capitale de la Normandie [5 août] *.
L'apparition inattendue de Henri en Angleterre avait déconcerté les plans de ses ennemis étrangers , qui , abandonnant alors l'idée d'une invasion par mer, dirigèrent tous leurs efforts contre les États du continent. Louis, avec les barons français, et le jeune roi avec le comte de Flandre , réunirent leurs troupes, et l'armée la plus nombreuse qu'eût jamais vue l'Europe depuis les expéditions des croisés vint camper sous les murs de Rouen [21 juillet]. Pour épuiser le courage et les forces de la garnison par de continuels assauts, l'armée coalisée fut divisée en trois corps qui, à des heures marquées, se relevaient l'un l'autre; mais les assiégés adoptèrent la même combinaison; et, étant maîtres du pont sur la Seine et de toute la rive gauche, ils recevaient journellement des renforts et des provisions. Le vingtième jour du siège, Louis proclama un armistice en l'honneur du martyr saint Laurent [40 août]. Les citoyens,
1. NewbriR. n, 3G. Gcrvase, 1427. Hoved. 306. Lord Hailés contredit le roi, et prétend qu'un de ces événements arriva un jeudi et l'autre un samedi; mais les autorités mêmes qu'il cite prouvent que Henri avait raison.