‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 466 sur 643 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

royale avait été méprisée on Angleterre; les insurgés d'abord, puis les royalistes, chassèrent impunément dans les forêts du roi; et le justicier jugea plus prudent de tolérer la destruction du gibier que d'aliéner par une sévérité intempestive les meilleurs amis de son maître. On disait même que Henri avait , par un ordre général, ouvert ses forêts à tous ceux qui prendraient les armes en sa faveur. Toutefois, dès que la paix fut rétablie, il nomma des juges ambulants pour s'enquérir de toutes les infractions aux lois forestières. Devant eux furent cités les clercs et les laïques , les hommes du plus haut comme du plus bas rang, et ils furent forcés, sous serment, de déclarer tout délinquant dont le nom était venu a leur connaissance, qu'ils eussent été témoins oculaires du délit ou l'eussent seulement appris par ouï-dire. Des poursuites furent immédiatement commencées; quantité de gens furent condamnés, et les coffres royaux se remplirent par ces violentes et odieuses procédures K

De temps à autre , pour tenir les plaids forestiers, le chef de la justice faisait sa tournée accompagné de ses assesseurs | H 8 i] . Mais à la mort de Thomas Fitz-Bcrnard , grand-maître forestier, Henri saisit l'occasion de supprimer cette charge, et, au lieu des peines plus douces qu'il avait lui-môme établies, il remit en vigueur les châtiments sanguinaires des règnes précédents. En même temps il divisa les forêts royales en plusieurs districts, dans chacun desquels il nomma deux ecclésiastiques et deux chevaliers comme juges, et deux gentilshommes de sa maison avec les titres de gardiens et de verdiers. Ces officiers étaient tenus par serment de ne point accepter d'amendes des délinquants, mais d'infliger des punitions corporelles sans aucun adoucissement; d'empêcher les propriétaires de haute futaie dans les forêts de la détruire à force de la couper; et de ne souffrir qu'aucun eût des arcs , des chiens ou des lévriers sans un permis du roi *. D'après cela, si le lecteur considère le nombre et l'étendue des forêts, et tous les hameaux et seigneuries compris dans leur enceinte, il pourra se faire une idée des poursuites vexatoires et des mutilations barbares que produisirent les lois forestières. Mais le despote ne songeait qu'à son amusement ; il dédaignait les murmures et les souffrances de son peuple 5.

Ce n'était pas seulement des plaids de la couronne ou des plaids

1. Hoved.31l. Bcncd. Abb.i, 112. Diccto, 587. Ces amendes étaient parfois trèsfortes. Dans la douzième année du règne de Henri , l'évêque de Salisbury paya 75 1. 7 s.; et, dans la vingt- deuxième, Adam de Brus paya 100 1. pour avoir pris un chevreuil. Voyez les rôles de l'échiquier apud Madox, c. xiv.

Page 1