‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 473 sur 643 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

saire ou le forcer à s'avouer coupable ; le défendeur, qu'il ferait tous ses efforts pour prouver son innocence. Lorsqu'ils avaient été séparément reconduits aux jx)rtes par lesquelles ils étaient entrés, le connétable, assis au pied du trône, s'écriait trois fois : «• Laissezles aller, » ajoutant à la troisième exclamation, « et faire leur devoir. » Le combat commençait immédiatement : si le roi intervenait et se réservait de décider la querelle, les combattants étaient séparés par les officiers avec leurs baguettes , puis ils étaient reconduits par le connétable et le maréchal à l'une des portes, par laquelle ils avaient soin de passer en môme temps, car on regardait comme une honte d'être le premier à quitter le lieu du combat. Si l'un des deux était tué ou s'avouait vaincu, il était dépouillé de son armure à l'endroit où il gisait, était traîné par des chevaux hors de la lice par un passage ouvert dans l'un des angles, et était immédiatement pendu ou décapité en présence du maréchal *.

L'épreuve du combat était adjugée non-seulement dans les poursuites criminelles, mais aussi dans les cas où la décision dépendait d'un acte de propriété ; ou lorsque le tenancier niait devoir les services réclamés par son seigneur; ou le vendeur, avoir garanti l'article acheté ; ou le débiteur, avoir emprunté de l'argent sur promesse, sûreté ou hypothèque. Dans toutes ces actions, le défendeur avait le choix de combattre en personne ou de produire un champion loyal ; le demandeur était exclu de la lice et forcé de confier la défense de sa prétention à la bravoure d'un homme libre qui jurait avoir connaissance du droit de sa partie principale l. Mais ici le roi fit une importante et avantageuse modification , en permettant que le jugement des grandes assises suspendit la douteuse épreuve du combat. Le demandeur pouvait solliciter un ordre qui arrêtât le procès par duel : sur quoi le demandeur, s'il entendait poursuivre sa prétention , était forcé d'obtenir un ordre pour procéder devant les grandes assises. Le shériff, en conséquence, nommait un jury de la manière qu'on a déjà décrite. Ses membres juraient de juger le point en litige d'après leurs propres lumières ou le rapport de personnes au témoignage desquelles ils ne croiraient pas moins qu'à celui de leurs propres sens ; et on obtenait un verdict unanime en renvoyant ceux qui alléguaient leur ignorance de la chose, et en les remplaçant par d'autres mieux informés. L'équité supérieure de ce mode de déci-

1. Voyez un traité sur ce sujet par Thomas de Woodstock , duc de Gloucester, conservé par Spelman , Archœol. 100.

2. Glan ville , n , 3. Le champion était nommé en pleine cour : c'était une cause suffisante d'exclusion contre lui que de prouver qu'il avait vendu ses services.

sion fut généralement reconnue, et son adoption prépara graduellement l'introdti' lion d'innovations semblables dans les antres départements de la justice publique1.

Henri n'exerça jamais ses fonctions judiciaires avec plus d'éclat que dans la cause importante d'Alphonse, roi de Castille, et de son oncle Sanche , roi de Navarre. Après un long et ruineux conflit , ces princes convinrent de s'en rapporter à l'équité du roi d'Angleterre et s'obligèrent , sous des peines sévères , à se soumettre à m décision. Henri tint sa cour à Westminster, assisté des prélats, comtes, barons et juges anglais et normands [mars 1477]. L'évèque de Palentia se présenta pour Alphonse , l'évèque de Pampelunc pour Sancho. Mais comme les juges ignoraient la langue des avocats, les plaidoyers furent mis par écrit, et traduits à l'aide d'interprètes ; et au bout de trois jours, le roi, après avoir préalablement pris l'avis de la cour, prononça solennellement son arrêt, à savoir : que chacun des princes rendrait les terres et châteaux réclamés par l'autre, et qu'Alphonse payerait à son oncle, dans les dix années suivantes, trente mille maravédis à termes égaux. Les ambassadeurs acceptèrent ce jugement, et jurèrent que, si leurs souverains respectifs refusaient de l'exécuter, i s reviendraient se constituer prisonniers entre les mains du roi ».

Je mentionnerai ici , à cause de son rapport avec l'administration de la justice , un fait qui arriva à une époque plus reculée. En 1166, une colonie d'étrangers , s' élevant à trente personnes des deux sexes , aborda en Angleterre sous la conduite d'un directeur nommé Gérard. Us appartenaient à une secte nombreuse de fanatiques qui infestaient le nord de l'Italie et les provinces voisines de Gaule et d'Allemagne , et qui s'appelaient cathari, ou les o purs, » parce qu'ils enseignaient que le mariage était incompatible avec le salut. Ils étaient venus répandre leur doctrine en Angleterre ; mais leur succès se borna à faire une prosélyte. Le cas était sans précédent; et le roi, après mûre délibération, ordonna de les arrêter et de les traduire devant un synode d'évèques, où il assista en personne. Aux questions qui leur furent posées, ils répondirent qu'ils étaient chrétiens , qu'ils professaient la doctrine des apôtres, et croyaient à la divinité de Jésus-Christ ; mais qu'en môme temps ils rejetaient le baptême , l'eucharistie et le mariage. Quand on eut recours aux arguments pour les convaincre, ils répliquèrent simplement que leur devoir était de croire et non de discuter,; et à la

1. Glanville, h, 7, 8, 9, 11, 17. 11 l'appelle « regale beneficium clementia princîpis de conbilio proccrum populis indultum. » il, 17.

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