CHAPITRE DOUZIÈME
menace de punition, ils opposèrent ces paroles de l'Évangile : « Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice. » Las de leur obstination, le synode les déclara hérétiques, et les livra au pouvoir séculier. L'Anglaise, qui ne parait pas avoir ambitionné la couronne du martyre, s'empressa de se rétracter; les étrangers, par ordre du roi, furent marqués au front d'un fer rouge, dépouillés de leurs vêtements jusqua la ceinture , et chassés de la ville à coups de fouet. Un écrivain nous informe qu'ils périrent tous dans les champs , en conséquence d'une proclamation qui défendait à qui que ce fût d'avoir aucune relation avec eux; mais le doyen de Saint-Paul , qui probablement assistait au synode, et deux autres contemporains , prétendent qu'après avoir subi leur peine ils furent conduits hors du royaume
Les yeux de toutes les nations européennes étaient tournés à cette époque sur la désastreuse condition des chrétiens en Palestine. Le trône de Jérusalem, que les croisés avaient élevé et soutenu au prix de tant de sang et de trésors, chancelait sur sa base ; et le roi .Baudoin, mineur et lépreux, n'était pas de force à lutter contre les talents et la puissance de Saladin, qui, par des conquêtes successives, resserrait tous les ans les frontières des étrangers, et menaçait de les extirper en peu d'années du sol de l'Asie. Henri, en présence des légals du pape, avait juré solennellement de visiter la Terre-Sainle. S'il avait l'intention d'accomplir ce vœu, c'est ce qu'on ne saurait dire ; mais le danger d'exposer ses États aux incursions d'un puissant voisin lui fournit un prétexte décent d'en différer l'exécution. Quoi qu'il en soit, Louis lui proposa de l'accompagner dans cette expédition [21 sept. 4477]. L'objection tombait ; le jour du départ fut ûxé, et les deux princes jurèrent, Henri d'assister son seigneur le roi de France, Louis d'assister son fidèle vassal le roi d'Angleterre, envers et contre tous. La maladie et la mort de Louis firent manquer ce plan; et Henri, quoiqu'il affectât d'en être constamment occupé, laissa s'écouler les années sans trouver l'occasion de l'exécuter. Enfin sa sincérité fut mise à l'épreuve par l'arrivée du patriarche de Jérusalem et du grand-maître des chevaliers hospitaliers, porteurs de lettres de la reine Sibylle et du comte de Tripoli, le régent. Us se jetèrent aux pieds du roi, sollicitèrent son aide puissante, et lui remirent, comme au repré-
1 . N: wbrig. h, 13. « Expulsas a regno » {Diccto, 539 1 . u Tn frontibus sunt signât! et cff<:gati » (Rad. Cogg-sh, cit. Picard in nol. ad Newbrig. p. 721 |. l'es fanatiques se r. pandirent sous différents no vis dans la Gaule, u l'Impie exq:iirebantur et perimebantur, maxime a Philippe, comité Flandreusium. qui ju.sta crcdulitatc ces immiscricorditer puniebat » , iùid ). La peine ordinaire était cellc du feu ; n uis Henri la défendit dans ses Etats du continent. » Hovcd. 352.
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sentant de Foulques d'Anjou , dont les descendants avaient porto le sceptre depuis les cinquante dernières années, la bannière royale avec les clefs de la cité, des principaux forts et du Saint Sépulcre. Henri Jes leur rendit avec des paroles de compassion , niais il invita les ambassadeurs à attendre qu'il eût pris l'avis de son conseil. [11 mars] Il convoqua à Westminster les prélats et les barons d'Angleterre , le roi , les prélats et les barons d'Écosse ; et , après s'être engagé à suivre leur opinion , il leur posa adroitement la question suivante : « Ferait-il mieux de rester chez lui , à gouverner les nations que la Providence avait confiées à ses soins, ou d'aller en Orient défendre les chrétiens de la Palestine contre leurs infidèles voisins? » La réponse fut telle qu'il l'avait prévue, sans aucun doute; et, au désappointement des envoyés, le roi, au lieu de ses services personnels, promit un subside de cinquante mille marcs1.
Mais, le 29 septembre H 87, quatre-vingt-seize ans après sa prise par les premiers croisés, Jérusalem retomba aux mains des musulmans. La nouvelle de ce déplorable événement plongea le monde chrétien dans la plus profonde consternation. Le vieux pontife mourut de chagrin ; Guillaume, roi de Sicile, porta pendant quatre jours le sac de pénitent , et fit vœu de se croiser; les autres princes condamnèrent leur indolence et l'avarice qui les avait poussés à préférer leurs mesquins intérêts à ce qu'ils regardaient comme la cause commune de la religion chrétienne2. Henri eut une entrevue avec Philippe, le nouveau roi de France, dans une plaine entre Gisors et Trie, où l'archevêque de Tyr, port qui bravait encore la puissance de Saladin, les exhorta à arracher la cité sainte à la profanation des infidèles, et les deux rois, les comtes de Flandre et de Champagne et un grand nombre de barons et de chevaliers reçurent la croix [11 fév. 1 188]. De là le roi se hâta de revenir en Angleterre, et tint un grand conseil à Geddington , dans le Northamptonshire, où il fut arrêté que tout homme qui ne se croiserait pas payerait, pour la dépense de l'expédition, un dixième de ses biens, effets mobiliers et renies, pour cette année. Il fut permis aux seigneurs de fiefs qui étaient dans l'intention d'accompagner le roi, de recevoir pour leur propre usage les taxes de leurs vassaux : celles de tous les autres (levaient être payées à l'échiquier. La somme obtenue par Henri fut de soixante-dix mille
1. Rym. I, 50. Bencd. Abb. n, 429 Hoved.325, 358. Diccto, 626.
2. Mais ce n'étaient pas seulement les sentiments religieux qui animaient les croisés; beaucoup étaient alarmés pour leur propre sûreté, u Jam , » dit Pierre de Blois, u circa confinia terra? nostrœ barbaries efferata desajvit, et in exterininium ebristiani nominis gentium grassatur immanitas. « Pet. Bles. Ep. 112.