CHAPITRE TRL1Z1ÈME
ouvertes, ils furent massacrés. Les vainqueurs alors marchèrent sur la cathédrale, arrachèrent à ses officiers les obligations que les juifs avaient déposées dans leurs mains pour plus de sûreté , et, faisant un feu de joie, ils les brûlèrent au milieu de la nef. — Ces violences amenèrent le chancelier à York ; mais les principaux coupables s'étaient, enfuis en Écosse, et il se contenta de déposer le shérifî et le gouverneur, et de faire prendre aux citoyens l'engagement de comparaître et de répondre à la cour du * roi. En racontant de telles horreurs, c'est une consolation de les trouver uniformément réprouvées par les historiens du temps. Si les meneurs s'efforçaient d'enflammer les passions de la populace par des considérations religieuses, ce n'éUiit qu'un manteau pour cacher leur dessein réel de se partager les dépouilles de leurs vicllmes, et d'éteindre leurs dettes en détruisant les sûretés en mémo temps que la personne de leurs créanciers *. ,
Durant ces massacres, Richard était en France se préparant à la croisade. Les deux rois s'étaient réciproquement engagés à commencer leur pèlerinage à Pâques. La mort prématurée de la reine de France en fit relarder l'époque jusqu'à la Saint-Jean. Ils se réunirent dans les plaines de Vezelai ; et une brillante armée de plus de cent mille hommes , revêtus du double caractère de guerriers et de pèlerins, marcha sous leurs bannières [1erjuill.]. A Lyon, ils se séparèrent, Philippe prenant la route de Gènes , Richard celle de Marseille ; mais il était mutuellement entendu que les deux armements se rejoindraient au port de Messine, en Sicile [13 juill.]. A Marseille, la patience de Richard fut mise à une rude épreuve. Sa flotte n'était point arrivée : il refusa d'attendre, loua trente petits navires pour lui et sa Suite, longea la côte d'Italie , et après plusieurs aventures, dans lesquelles sa témérité l'exposa à un danger imminent, il aborda sain et sauf à Naples [28 août]. Une semaine fut employée à satisfaire sa curiosité dans le voisinage ; après quoi il passa à Salerne, et fixa sa résidence dans cette ville, célèbre alors par l'habileté de ses professeurs de médecine [8 sept.]*. Avant son départ de Vezelai, il avait donné le commandement de sa flotte à deux évèques et à trois chevaliers, avec les titres de connétables Ils traversèrent la baie de Biscaye , et atteignirent
1. Hovcd. 379. Diceto, 651. Heming. 515, 516. liromp. 1172. Newhrig. rv, 7-11.
2. Le fameux poème médical en vers léonins , fait par les professeurs de Salerne, était dédié à Richard.
3. Les lois qu'il publi;i a la même époque pour le gouvernement de la flotte indiquent à la fois le caractère de l'homme et du temps. En cas de meurtre, l'homicide devait être lié au cadavre ; et . si le crh.e était commis à KrJ , Otrv ji-té avec lui à la mer : si sur le rivage , Otre • n err ■* avec lui dans le même tombeau. Dans
Pembouchure du Tage assez à temps pour assister à la défense de Santarem eontre l'émir mahométan Àl-Moumenim. — Mais leurs alliés s'aperçurent bientôt que les croisés n'étaient pas moins dangereux comme amis que comme ennemis. Les citoyens de Lisbonne furent forcés de s'armer pour protéger leurs femmes et leurs propriétés; et ce ne fut qu'après beaucoup de sang répandu que la paix fut rétablie, grâce aux etforts du roi do Portugal et des connétables de la (lotte. [24 juill.] Du Tage, ils gouvernèrent vers le détroit de Gibraltar, le passèrent, et, gardant toujours en vue le rivage espagnol, ils remontèrent la Méditerranée jusqu'à Marseille. (22 août] L'armée fut embarquée rapidement; et ayant passé entre la Corse et la Sardaigne, et fait voile à travers les iles de Lipari, elle atteignit sans accident le port de Messine [16 sept.]. Deux jours plus tard arriva le roi de France avec un seul vaisseau; et bientôt il fut suivi de Richard, qui fit son entrée au son de la musique guerrière, et avec tout l'appareil d'un vainqueur [23 sept ]. Philippe reçut pour résidence un palais royal dans l'enceinte des murs : au prince anglais, on assigna une maison des faubourgs , entourée de vignes *.
En Sicile , le roi régnant s'appelait Tancrèdc , heureux aventurier, qui s'était emparé de la couronne à la mort de Guillaume, le dernier souverain. Il eut volontiers décliné l'honneur de recevoir ces hôtes puissants et par conséquent dangereux A la vérité, n'ayant jamais encouru le ressentiment de Philippe, il n'avait aucune raison de le craindre; mais il avait retenu le douaire de Jeanne, sœur de Richard et veuve de Guillaume, et avait refusé de payer les legs que ce prince avait laissés à Henri, père de Richard. Toutes ces restitutions lui furent impérieusement demandées. De Palerme, où elle avait été détenue, Jeanne fut ramenée à son frère, qui traversa immédiatement le détroit, enleva de vive force un important château sur la côte de Calabre, et 1 assigna à la reine pour résidence [1er oct.]. Le jour suivant, il s'empara d'une île voisine, expulsa les moines qui en étaient propriétaires , et la convertit en un dépôt pour ses provisions [2 oct.]. Ces procédés peu cérémonieux alarmèrent les Siciliens; les troupes anglaises imitaient la conduite hautaine et la violence de leur prince , et plusieurs que-
les querelles , quiconque tirait un couteau , ou frappait jusqu'à effusion de sang , devait être puni de la perte de sa main : s'il n'y avait pas eu effusion de sang, ii devait être plongé trois fois dans la mer. Pour mettre un Trein aux injures , il était ordonné que pour chaque expression outrageante on imposerait une amende d'une once d'argent. Les hommes convaincus de vol devaient avoir la tête rasée, goudronnée et garnie de plumes , et être déposés à terre en cet état. Hoved. 37». Rymer, i, 65.