CHAPITRE TREIZIÈME
relies sanglantes s'élevèrent entre elles et les citoyens de Messine. Dans une conférence avec les envoyés de Tancrèdc, tenue en présence du roi de France qui servait de médiateur, on annonça tout à coup que les deux partis en étaient venus à une action générale. Richard aussitôt monta a cheval et rejoignit les combattants [ 4 oct.]: Philippe se retira paisiblement dans son palais, mais en secret , dit-on , il excita les citoyens à résister aux Anglais. Les portes , néanmoins, furent forcées. Le roi d'Angleterre fut le premier à entrer, et abandonna la ville aux caprices et aux excès de ses soldats, qui étaient au nombre de dix mille. Les maisons furent pillées, les galères siciliennes brûlées, et les femmes emportées dans le camp. La fierté de Philippe fut blessée de se trouver, par cet événement, prisonnier aux mains de son vassal ; et lorsqu'il vit flotter sur les tours les bannières anglaises, il se plaignit hautement de cette insulte. Après quelque hésitation, Richard les fit enlever ; et pour apaiser le roi de France il confia la garde de la place à leurs alliés et amis communs, les templiers et les hospitaliers1.
Tancrède vit alors qu'il était inutile de lutter contre si puissante partie. Pour satisfaire à toutes les réclamations, il paya à Richard quarante mille onces d'or; et le roi, en retour, lui garantit la possession de la Pouille et de Capoue . fiança son neveiret héritier, Arthur, le jeune duc de Bretagne, à la fille, encore enfant^ de Tancrède, et s'engagea, dans le cas où le mariage ne s'accomplirait pas, à rembourser au roi de. Sicile ou aux héritiers de ce roi la moitié de l'argent qu'il avait reçu. Ce traité fut déposé aux mains du pape , que les deux parties invitèrent à en corroborer l'exécution par les censures ecclésiastiques [H nov.] 2.
Richard et Philippe, quoique jaloux l'un de l'autre, tâchèrent de masquer leurs sentiments réels, et passèrent l'hiver dans des rapports d amitié apparente. Mais, en fait de générosité, le roi d'Angleterre éclipsa son rival. Il envoya à Philippe la moitié des quarante mille onces d'or, comme sa part dans les profits de l'expédition; et apprenant que bien des gens se plaignaient de la dépense causée par leur séjour dans Pile, il omit spontanément de fournir de l'argent à tous ceux qui en auraient besoin. A Noël , il invita à sa table tous les gentilshommes des deux armées; et, après le dîner, il leur lit à chacun des présents proportionnés à leur qualité3. Mais il s'éleva bientôt un autresujet de dissension. Richard