‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 492 sur 643 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

de changer do résolution. Il fut également insensible à leurs instances et à leurs reproches ; et, après avoir juré de ne point envahir le territoire du roi d'Angleterre, il partit d'Acre au milieu des plaintes et des imprécations des spectateurs [31 juill.]. Il y a toutefois beaucoup à dire pour sa justification : sa santé avait été profondément altérée par une dangereuse maladie ; plus de la moitié do l'année qu'il avait consacrée à l'expédition avait été perdue par suite des querelles particulières de Richard dans les îles de Sicile et de Chypre; depuis leur jonction sous les murs d'Acre, jamais il n'y avait eu entre eux de coopération cordiale ; et le caractère du roi d'Angleterre était tel, si ambitieux et si emporté, qu'il ne restait d'autre alternative que la soumission à son caprice ou des hostilités ouvertes. Dans cet état de choses, les amis de Philippe prétendirent qu'il servirait la cause de la croisade en se retirant. Il laissa avec le roi dix mille hommes de ses troupes sous les ordres de son vassal le duc de Bourgogne «.

Le terme fixé par la capitulation d'Acre était près d'expirer, et de fréquents messages s'échangeaient entre Saladin et Richard. Le soudan refusait, sous différents prétextes, d'exécuter le traité ; et le roi déclara que les otages payeraient de leur vie cette perfidie. Dans ces guerres aucun des deux partis n'avait été avare du sang de ses captifs, et l'exercice réitéré de la vengeance avait fermé le cœur aux suggestions de la pitié. On fit courir le bruit, probablement sans que la chose fut vraie , que Saladin avait mis à mort tous ses prisonniers ; et les soldats, exaspérés de ce bruit, demandèrent à grands cris la permission de venger le sort de leurs camarades. Le lendemain était le dernier jour fixé par le traité [20 août]. Les otages furent conduits au sommet d'une colline, en vue du camp sarrasin; les croisés s'assemblèrent en foule pour être témoins d'un si glorieux spectacle, et, à un signal donné, deux mille sept cents infidèles tombèrent sous le glaive de leurs bourreaux. A la même heure et pour la même cause, un nombre presque égal de captifs, la portion qui était tombée en partage au roi de France, fut massacré sous les murs d'Acre par les troupes du duc de Bourgogne. Sur cinq mille prisonniers il n'y eut d'épargné que sept émirs, dans l'espoir d'un échange ou d'une rançon. Et ce ne fut pas la fin de la tragédie : les cadavres furent abandonnés aux insultes des soldats, qui les éventrèrent pour découvrir les pierres précieuses qu'on croyait qu'ils avaient avalées, et qui gardèrent soigneusement le fiel comme remède 2.

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