CHAPITRE TREIZIEME
ment étaient montés, et de deux mille hommes d'infanterie, campa hardiment en dehors d'une des portes. Le matin de bonne heure, le roi fut informé de l'approche de l'ennemi. Il ordonna à ses lanciers de mettre un genou en terre, de façon que chaque homme couvrît son corps du bouclier qu'il tenait au bras gauche, et de la main droite dirigeât la pointe de sa lance, dont l'autre extrémité était fortement fixée en terre. Il plaça entre eux les balistes, avec deux archers à chacune, dont l'un tendait l'arc, et l'autre lançait les flèches. La cavalerie des Sarrasins, en sept divisions, fit autant de tentatives pour rompre la ligne. Toutes leurs charges furent repoussées avec une perte considérable. Richard , remarquant leur désordre, se précipita avec ses chevaliers au milieu de leurs escadrons, où il fit des prodiges de valeur. Il fut vu de Saphaeddin, frère du Soudan, qui récemment avait sollicité de lui l'honneur de la chevalerie pour son fils, et qui alors lui envoya, pendant l'action, un présent de deux chevaux arabes. Le roi continua le combat sur l'un d'eux jusqu'à la nuit. On trouva que ce jour-là il avait surpassé son ancienne renommée. 11 vainquit tous les champions qui osèrent lui tenir tète; il délivra le comte d'Essex et Ralf de Malleon, qui avaient été désarçonnés et faits prisonniers ; il se débarrassa lui-même d'un gros de Sarrasins qui l'avaient entouré, et frappa les ennemis de tant de terreur ou d'admiration, que partout où il chargeait , ils se retiraient à son approche. Le siège fut levé ; mais les efforts du roi lui occasionnèrent une fièvre qui mina ses forces , et il consentit à demander une trêve par l'entremise de Saphaeddin. Elle fut conclue pour trois ans. Le souda n exigea la destruction d'Ascalon, et, en retour, accorda aux pèlerins le libre accès du Saint- Sépulcre
Ainsi se termina la croisade. Si Jérusalem eût pu être conquise par la bravoure et la force personnelle, elle l'eût été par Richard. Ses exploits, supérieurs à ceux de ses compagnons, jetèrent autour de lui un éclat qui le rendit cher aux chrétiens et arracha l'admiration des infidèles. Mais le peu d'influence qu'ils eurent sur l'issue de l'expédition permet de douter qu'il possédât les talents d'un général. Il semble s'être contenté de l'honneur de la victoire, sans en rechercher les avantages; son inconstance l'empêchait de poursuivre long-temps le même objet, et son caractère emporté le rendait plus propre à faire naître des dissensions qu'à établir la concorde parmi ses alliés. Dès que sa santé le lui permit, il paya ses dettes, satisfit aux réclamations de ses troupes, et s'embarqua à Saint- Jean-d'Acrc. Le lendemain matin [9 oct.] il se retourna pour jeter