‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 5 sur 643 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

maine, composée de cinq légions et de deux mille chevaux, quitta les côtes de la Gaule sur une flotte de plus de huit cents vaisseaux. A la vue de cet immense armement qui s'allongeait à travers le détroit, les Bretons se retirèrent avec précipitation dans les bois, et les envahisseurs débarquèrent sans opposition à l'endroit même qu'ils avaient occupé l'année précédente. César se mit immédiatement à la poursuite des naturels ; mais il fut rappelé le jour suivant par la nouvelle du désastre arrivé à sa flotte. Une tempête s'était élevée dans la nuit; quarante vaisseaux étaient totalement perdus, et beaucoup d'autres échoués sur le rivage. Pour se garantir de semblables accidents, il ordonna d'amener le reste au delà du point qu'atteignait la marée et de l'entourer d'une fortification de terre. Dix jours furent employés à cette tâche laborieuse ; après quoi les envahisseurs reprirent leur marche vers l'intérieur du pays. Chaque jour était marqué par quelque rencontre partielle, et il paraît que les naturels obtenaient fréquemment l'avantage». Leur politique était d'éviter un engagement général. Divisés en petits corps, mais postés à la portée de la voix, ils surveillaient la marche de l'ennemi, tuaient les traîneurs et profitaient soigneusement de toutes les occasions de lui nuire. Leurs principaux guerriers, qui combattaient en char, arrachaient par leur adresse et leur intrépidité les applaudissements des Romains. Au bord d'un précipice ou sur une descente rapide, ils guidaient leurs chevaux aussi sûrement que dans la plaine. Aucun danger ne les effrayait : ils rasaient hardiment la ligne romaine, épiaient toutes les occasions de rompre les rangs de l'ennemi, et, durant la chaleur de l'action, ils couraient sur le timon, sautaient à terre ou reprenaient leur siège, selon les exigences du moment. Désespéraientnls du succès, ils se retiraient avec rapidité ; étaient-ils poursuivis, ils abandonnaient leurs chars et, avec leurs piques, ils résistaient à pied aux charges de la cavalerie. 11 fallait toute l'habileté de César pour faire un dommage sérieux à un ennemi si actif. A la fin, trois des lésions furent envoyées fourrager avec toute la cavalerie; leur désordre apparent invita les Bretons a les attaquer avec toutes leurs forces. Descendant des hauteurs, ils se répandirent dans tous les vides et pénétrèrent jusqu'aux aigles ; mais les vétérans les reçurent avec sang-froid : la cavalerie les poursuivit dans leur fuite, et peu d'entre eux purent regagner les montagnes et les bois. Découragées par cet échec, plusieurs des tribus confédérées se retirèrent dans leurs foyers et laissèrent Cassibelan , roi des Cassii et chef des alliés, supporter tout le poids de la guerre. Par de nombreuses victoires sur ses voisins, Cassibelan avait

acquit une haute renommée parmi les naturels. Les tribus de la rive droite de la Tamise l'avaient invité à se mettre à leur tète, et sa conduite pendant la guerre parait avoir justifié leur choix. Abandonné par ses confédérés, il se retira sur son territoire et essaya de placer la Tamise entre lui et ceux qui le poursuivaient. Il ordonna d'enfoncer des pieux pointus dans le lit de la rivière, au seul endroit guéable, garnit la rive gauche de palissades, et posta derrière son principal corps d'armée. Mais la marche des Romains ne pouvait être retardée par de semblables obstacles. La cavalerie entra sans hésiter dans la rivière , l'infanterie suivit, quoique ayant de l'eau jusqu'aux épaules ; et les Bretons, intimidés par l'intrépide aspect des assaillants , s'enfuirent dans les bois. Tel est le compte que César a rendu de cette affaire. Mais Polyène attribue son succès à la terreur panique causée par la vue d'un éléphant. A l'approche de cet animal inconnu, d'une grandeur énorme, couvert d'écaillés d'acier poli, et portant sur son dos une tour remplie d'hommes armés, les Bretons abandonnèrent leurs défenses et cherchèrent précipitamment leur salut dans la fuite *.

Le roi des Cassii, toutefois, ne perdit pas courage. Pour arrêter les progrès de l'ennemi, il dévasta son propre territoire. Par ses ordres, les habitations furent brûlées, les troupeaux emmenés, les provisions détruites; et, tandis que les Romains marchaient à travers ce désert, Cassibelan lui-même, avec quatre mille chars, observait avec soin tous leurs mouvements. Mais l'infortuné chef, outre les ennemis du dehors, avait à lutter contre la jalousie et le ressentiment de ses propres compatriotes. Il avait jadis subjugué les Trinobantes , nation contiguë : leur roi Immanuentius avait été tué dans cette guerre; et son fils, Mandubratius, était exilé et servait dans l'armée d'invasion. Les Trinobantes offrirent de se soumettre aux Romains, à condition d'être gouvernés par le fils d'Immanuentius ; et plusieurs tribus, qui supportaient impatiemment le joug des Cassii , sollicitèrent, à leur exemple, la protection de César. Par eux il fut conduit à la capitale ou principale forteresse de Cassibelan, située sur l'emplacement où depuis fut bâti Yérulam, et près de la ville actuelle de Saint-Alban's. Elle était entourée d'un rempart et d'un fossé, et couverte de tous côtés par des marais et des forêts d'une grande étendue. César lui-même admira le choix judicieux de cette position et l'art avec lequel elle était fortifiée. Les défenses, néanmoins, en furent aisément forcées par les Romains; et les troupeaux de Cassibelan, sa principale richesse, devinrent la proie des vainqueurs.

\. Polyien. vin, 737; Lugd. Bat. l«91.

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