CHAPITRE PREMIER
Le roi breton attendait encore le résultat de ses plans sur un autre point. Il avait chargé les quatre chefs du Kent de réunir leurs forces, d'assaillir le camp romain et de mettre le feu aux vaisseaux. Si cette tentative avait réussi, les Romains se seraient trouvés dans d'inextricables difficultés. Mais les hommes du Kent furent défaits, et Cassibelan consentit à implorer la paix. César, qui craignait l'approche de l'équinoxc, lui prescrivit volontiers les conditions suivantes : il donnerait des otages , vivrait amicalement avec les Trinobanles, et payerait sa part du tribut annuel qui allait ètro imposé à la Bretagne. Les Romains regagnèrent immédiatement la côte, et, comme la flotte avait été réparée, ils retournèrent dans la Gaule au mois de septembre ■ .
Tels furent les médiocres résultats de cette grande expédition. Les citoyens de Rome célébrèrent avec joie les victoires de leur général favori ; mais le conquérant de la Bretagne n'y était pas maître d'un seul pouce de terre. Toutefois les habitants et les productions de ce nouveau monde excitèrent l'intérêt des nations plus civilisées de la Grèce et de l'Italie , et les écrivains travaillèrent avec ardeur à satisfaire la curiosité du public. Beaucoup de leurs ouvrages ont péri indubitablement ; dans ceux qui restent ont été glanés les détails suivants sur l'ancienne Bretagne, telle qu elle était, dit-on, vers le commmencement de l'ère chrétienne.
La différence radicale qui existe dans les langues des principales nations de l'Europe prouve qu'elles descendent des trois grandes familles des Celtes, des Goths et des Sarmates ; et, d'après les contrées qu'elles ont successivement occupées, il paraît que les Celtes furent les premiers qui franchirent les limites de l'Asie pour entrer en Europe ; que, comme le flot de la population continua de rouler vers l'ouest , ils furent poussés en avant par la marche des nations gothiques , et que celles-ci, à leur tour, cédèrent à la pression des tribus sarmates. A l'aurore de l'histoire, nous trouvons les Celtes dispersés sur une grande partie de l'Europe : au temps de César, ils occupaient la principale portion de l'Espagne, de la Gaule et des îles Britanniques *. Ce conquérant, dans sa description des habitants de la Bretagne, n'a pu parler par expérience que des tribus qui habitaient près de l'embouchure de la Tamise. Celleslà, nous dit-il, étaient d'origine belge. Leurs ancêtres, à une époque qui n'était pas très-éloignée, avaient envahi l'île, expulsé de la côte les indigènes, et dans leurs nouveaux établissements avaient con-