CHAPITRE TREIZIÈME ô4l
prince déloyal qui , au mépris de son serment, avait envahi la propriété d'autrui. Une telle conduite le rendait indigne de la protection de l'Église et de l'intervention du saint-siége. L'ami pouvait intercéder pour lui; le pontife ne pouvait employer son autorité. Richard, bientôt après, reçut une lettre dans laquelle Célestin lui demandait d'avoir pitié de « son cher fils, l'évôque de Beauvais ; » et, en réponse, il envoya au pontife la cotte de mailles du prélat, à laquelle était attaché un parchemin qui portait : « Vois si c'est l'habit de ton fils, ou non. » « Non, » repartit le pape, avec un sourire, « c'est l'habit d'un fils de Mars. Que Mars le délivre s'il peut. » La pénurie même du roi ne put triompher de son ressentiment. Il refusa une rançon de dix mille marcs ; et l'évèque de Beauvais ne recouvra la liberté que lorsque Richard fut déposé dans la tombe *.
Si l'Angleterre, durant ces querelles, échappa aux ravages de la guerre, elle fut obligée d'en supporter les frais. Richard semblait la considérer comme une annexe à ses États d'outre-mer, et comme n'ayant de valeur qu'en proportion du revenu qu'il en pouvait tirer. Se procurer de l'argent devint le principal devoir du justicier, qui agissait comme régent en l'absence du roi ; et nous voyons, d'après les comptes de l'archevêque Hubert , qu'il transmit au roi , dans le court espace de deux années , la somme de onze cent mille livres. Le lecteur ne sera sans doute pas fâché d'apprendre par quels expédients on avait obtenu cet argent. 1° Avant son départ pour la Palestine, le roi avait vendu un grand nombre de terres et de charges appartenant à la couronne. Elles furent reprises ; et, pour pallier l'injustice de la mesure , on prétendit que les acheteurs avaient été indemnisés par les profits qu'ils avaient fails dans l'intervalle *. 2° La taxe de deux shillings par caracute de terre, imposée dans le conseil de Nottingham, avait depuis été portée jusqu'à cinq. Le caracute était fixé à cent acres , et on nomma des commissaires chargés de s'enquérir, sous serment , du nombre des caracutes, et de les enregistrer avec les noms des propriétaires dans chaque centaine ou wapentake*. Pour assurer le payement, on autorisa le seigneur à saisir son tenancier; et, s'il restait quelque déficit, le sheriff avait ordre de le combler en faisant des saisies sur les terres domaniales du seigneur *. Les tour-
t. Hoved. 437, 438. Diceto, 704 Par. 153. Newbrig. v, 30. Jean le relâcha moyennant deux mille marcs. Hoved. 452.