‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 529 sur 643 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

vcstiture de l'archevêché. On envoya une députation de douze moines soutenir sa cause à la cour de Rome *.

Le premier soin d'Innocent à leur arrivée, fut de décider la question entre les moines et les évèques [1206]. On fit valoir, en faveur de ces derniers, que, selon l'ancienne discipline, le métropolitain devait être choisi par les évôques de la province, et que, depuis que la liberté de l'élection canonique avait été rétablie par Henri Ier, ils avaient toujours concouru au choix du primat. Les moines répondirent que les innovations qui avaient été faites sous la dynastie normande étaient fondées sur la force et non sur le droit ; que durant les quatre siècles précédents l'élection de l'archevêque avait été le privilège exclusif de leur corps , et que repousser leur prétention ce serait condamner les pères de l'église d'Angleterre et annuler les décisions des anciens pontifes. Après les avoir écoutés long-t^mps et avec patience, le consistoire fut d'avis qu'un privivilége basé sur la prescription des siècles devait être respecté, et Innocent prononça une sentence définitive en faveur des moines * [20 nov.].

[1207] Les titres des deux prétendants à la primatie furent ensuite examinés, et le résultat fut également défavorable à, tous deux. L'élection de Réginald fut annulée , parce qu'elle était contraire à la forme canonique; celle de l 'évoque de Norwich, parce qu'elle avait été faite avant que la nullité de la première eût été définitivement prononcée. Cette décision , qui était conforme à la jurisprudence du temps , avait été prévue, et le roi avait accordé aux députés, avant leur départ, la permission de procéder à une nouvelle élection, mais en même temps leur avait fait prêter serment de choisir Jean de Gray. Malheureusement il arriva que le pontife était fort opposé à cette promotion. Jean était le conseiller intime du monarque, un de ses justiciers, et si occupé de l'administration des affaires temporelles , qu'il avait peu de temps à donner au , gouvernement spirituel de son diocèse. C'était en effet un abus qui régnait depuis long-temps dans l'église d'Angleterre , et qui avait été sévèrement condamné par plusieurs pontifes. Innocent lui-même avait forcé Hubert , le dernier primat , à renoncor au gouvernement du royaume pour consacrer ses soins à son dio- ' cèse; et il ne pouvait maintenant, sans inconséquence, permettre qu'un autre ministre fût placé sur le trône archiépiscopal. On lui offrit trois mille marcs pour prix de son consentement ; mais il repoussa l'offre avec indignation , et persista inflexiblement dans sa résolution.

Pl. afis, 178, 179. West. 266. - 2. Paris, 180. West. 266.

11 y avait à coite époque à Rome un Anglais de distinction , nommé Étienne de Langton. Il avait enseigné avec succès dans les écoles de Paris, et son mérite avait été récompensé par la place de chancelier de cette université et par un bénéfice en Angleterre. Sa réputation l'avait recommandé à Innocent, qui l'invita à venir à Rome et l'honora de la pourpre. Ce fut sur Langton que le pape fixa les yeux pour remplir l'archevêché vacant , et il est évident qu'en faisant ce choix il fut guide par le plus pur motif, celui de placer à la tète de l'Église d'Angleterre un prélat d'un savoir et d'une vertu incontestables. Il avait même lieu de se flatter que le choix ne serait pas désagréable à Jean, qui avait souvent écrit au cardinal dans les termes de la plus haute estime. Néanmoins, pour aller au-devant de toutes les objections probables , non-seulement i1 demanda au roi la permission que les moines fissent l'élection à Rome; mais, quand Etienne fut élu , il expédia d'autres envoyés pour le solliciter d'approuver l'élection de ce prélat. Cependant ses lettres furent retenues à Douvres; on n'y fit aucune réponse , et le cardinal , après un délai convenable mais infructueux, fut consacré à Viterbe par Innocent lui-même [17 juin]. Il peut avoir été imprudent et messéant d'imposer un prélat au roi sans attendre son consentement; mais il faut avouer que la marche suivie fut conforme aux canons qui, à cette époque, avaient force de loi, et avec plus d'égards pour l'honneur de Jean que bien des souverains n'en avaient obtenu de la cour de Rome «.

L'évèque de Norwich, toutefois, ne se souciait pas de renoncer à l'objet de son ambition ; et , par ses conseils intéressés , il lança son maître dans une lutte évidemment trop inégale dans l'état d'abaissement où celui-ci se trouvait. La consécration de Langton ne fut pas plutôt annoncée que Jean déchargea sa vengeance sur les moines. Ils avaient été cause de son désappointement : premièrement, par l'élection furlive de Réginald ; et secondement, par leur choix perfide de Langton. Un corps d'hommes armés les chassa de leur couvent, les força de traverser la mer, et prit possession de leurs terres au nom de la couronne. Innocent s'efforça, par des lettres conciliantes , d'amortir le ressentiment du roi. Il s'étendit sur les vertus et les talents du nouveau primat, se fit un mérite de la modération avec laquelle il avait renoncé à son droit, sollicita l'assentiment et l'approbation du roi , et promit , si Jean donnait .son acquiescement, d'avoir soin que ce qui venait de se passer ne fût pas converti en un précédent nuisible aux préroga-

1. Paris, 167, 189. West. 267, 268. Le titre de Langton était cardinal de Saint- Chrysogone.

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